Un autre monde implique d'autres règles. Mais lorsque l'on passe d'un monde à l'autre ?
 
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 Un bon coup de fouet ... ⎨Hymarios⎬

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Chizu Jisatsu



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MessageSujet: Un bon coup de fouet ... ⎨Hymarios⎬   Jeu 24 Nov - 20:59

    Il ne devait être que huit heures. Mais qu'est-ce que le temps ici de tout façon ? Aucune montre ne fonctionnait, seul le soleil, lorsqu’il daignait faire acte de présence clairement en inondant la prairie d’une lumière blanchâtre, servait de repère aux âmes perdues d’Other World. Lumière trop pâle pour percer la dense chevelure de feuilles, trop maladive pour caresser la surface des eaux d’étangs. Pourtant c’était ce qui caractérisait les marécages. Des surfaces d’eau parmi les arbres. Cette absence de lumière apportait deux autres aspects qui étaient propre à ces lieux. L’ombre et l’humidité. Tel un voile, les branches et les cimes filtraient les faibles rayons laissaient le sol et les herbes folles s’élever dans la noirceur et l’obscurité. L’atmosphère quand à elle était fraîche et humide, on avait l’impression constante de se mouvoir dans les fibres vaporeuses d’un gigantesque bas de nylon effilé à travers les mares et les joncs. La brume se baladait librement, cotonneuse, légère et frivole, caressant les eaux calmes et boueuse puisque la lumière ne s’acquittait pas de cette tâche, craignant de souiller ses beaux atours d’or pâle. Le brouillard n’avait pas cet embarras, bien au contraire. En contrepartie il jouissait de d’autres plaisirs. Comme ceux de camoufler les sols mouvants et de cacher les trous dans lesquels ils étaient si faciles d’y coincer une patte, un pied, une jambe, un être. Ces basses plaisaient à la brume, c’était son jeu quotidien. Les gamins lançaient leurs billes dans une fosse, elle précipitait les âmes dans les abysses de la Faucheuse qui recevait tout ce beau monde avec un grand sourire édenté. Mais ce n’était pas là son seul pêcher mignon. Car la brume est avant tout oisiveté et légèreté d’être. Parmi ses vices se trouvait celui de caresser d’une main froide et moite les jambes des jeunes filles. Une en particulier lui faisait beaucoup d’effet, c’était une vieille connaissance. Dès sa naissance elle était venue lui chatouiller ses petons encore mouillés de placenta et de sang. Lorsqu’elle n’était qu’une gamine courant dans les herbes aussi hautes qu’elle, elle la guidait en enveloppant son petit corps chaud. Maintenant qu’il s’agissait d’une demoiselle en passe de devenir femme, elle venait passer ses paumes humides sur ses cuisses galbées, ses genoux écorchés, sa nuque à la peau douce et sa gorge blanche. Cette jeune fille solitaire avait un nom. Un nom qui rappelait une île asiatique d’un autre monde, un monde lointain, inaccessible mais que tant visitaient dans leurs rêves et leurs fantasmes. Cette femme qui en devenait une s’appelait Chizu Jisatsu, elle était à l’aube de sa vie et pourtant c’était l’heure du crépuscule.

    Il faisait sombre, froid. Pourtant elle était seule au milieu des marais, sans lampe ni feu, les jambes nues, vêtue de cette salopette rafistolée et de cette chemise déchirée et détrempée par l’humidité. Cette boue et cette vase qui aspiraient la semelle de ses boots dans des sons de succion nauséabond, ce brouillard qui la pelottait, et le noir qui l’enveloppait tout contre elle … C’était son élément, son chez soi, et personne ne venait l’y déranger. Et s’il venait, ce n’était qu’un aléa du destin, les âmes perdues ne restaient pas longtemps, et si elles restaient, c’était à jamais. Il n’était pas rare que Chizu pose le pied sur un tibia ou butte sur un crâne. Que faisait une jeune vie dans ce lieu morbide où l’aura de la Mort flottait dans l’air suintant ? Etait-ce la place d’une jeune pousse à la chevelure blonde et aux lèvres roses ? La Belle-au-Bois-Dormant vivait dans un roncier, et non dans les marais.

    Parfois il faut plus que de beaux cheveux blonds et une bouche en cœur pour prétendre au rôle de princesse. Et surtout, il faut l’univers qui va avec. Et Other World n’était en aucune façon un théâtre près à accueillir une douce romance de princesses en détresse et de preux chevaliers. Non, étaient au gout du jour les thrillers et films sanglants. Il était bien loin – avait-il seulement existé ? – le temps des contes et des fabliaux. Chizu n’était qu’une fille parmi tant d’autres, une civile, mais pourtant une ermite, vivant dans la solitude des marécages. C’était son choix. Elle préférait les mains moites de la brume que celles des Sbires. L’obscurité avait une étreinte plus douce que celle des miséreux qui s’agrippaient à elle. Elle préférait que ce soit la boue qui lui colle aux pieds plutôt que ces stupides Rebelles et leurs idéaux idylliques. Il n’y a pas de place pour les rêveurs dans les marais. Ceux qui regardent le ciel se retrouvent happés par la terre.

    On ne pouvait pas dire que Chizu, elle, n’avait pas les pieds sur terre. Même si elle venait de quitter le chemin vaseux pour se hisser dans un arbre noueux. Elle savait qu’un pas plus loin se trouvait une de ces zones trompeuses et fourbes que les hommes ont nommé « Sables mouvants ». Pourtant, les seuls qui remuent en s’enfonçant dans leur bêtise et la vase, ce sont eux. Mais l’homme ne se met jamais en cause, normal, lui, c’est un humain, il pense, il réfléchit, il donne des noms aux choses. Et ces choses le tuent. Allez savoir qui y trouve l’avantage.

    Remarquez, vous n’avez peut être pas envie de réfléchir à cette question, je ne sais pas si vous avez raison, mais en tout cas c’est un pas de côté qui nous éloigne de notre sujet principal. Celui-ci n’est pas fait de patience, il est déjà parti, sans nous attendre, sautant à deux mètres de la fosse mortelle et reprenant sa route. Quelle route ? Celle d’une bicoque de bois moisi, de planches grinçantes et de courants d’air chargés de passé et de moiteur. Cette ruine qui n’attend qu’un coup de vent salutaire pour s’écrouler est « la modeste demeure » de Chizu Jisatsu, dernière du nom. Ainsi la demoiselle, intruse en ce cimetière vivant s’en retournait chez elle, un sac de toile plein de ses vols du jour pesant sur ses épaules. Parmi les victuailles et les ustensiles, il n’y avait aucune trace de remord et de culpabilité. Seuls les faibles les traînent dans leur dos, ceux-là sont les premiers à mourir. Ceux qui savent en faire abstraction survivent. Chizu est de ceux-là. Elle veut vivre. Chaque jour, chaque seconde. Aussi misérable que soit la vie ici, il y a quand même de quoi en profiter, alors, chacun pour sa peau, et profites des rares plaisirs qui peut.

    Ils n’étaient pas nombreux ces plaisirs. Si la brume avait ses jeux et farces, il en était autrement pour les êtres humains. Quoique, pas tous … Certains s’amusaient beaucoup.

    Chizu stoppa sa marche, yeux clos. Dans sa tête résonnaient les rires et les plaisanteries vulgaires … Sons d’un souvenir passé, lointain, et pourtant si proches qui lui vrillaient les tympans. D’un souffle, elle chassa ces bruits infâmes dans les nimbes de sa mémoire. Ses pensées la rattrapaient trop souvent ces temps-ci, il allait falloir qu’elle se reprenne, et sérieusement. Mais comment ? Ce qui lui faudrait, ce serait un bon coup de fouet. Mais tout était si morne … Oui, morne et triste. Ennuyant, ennuyeux. Morne convenait mieux, il reflétait tout, par sa signification comme par l’intonation avec laquelle on le crachait, résigné, et à la fois doucereux, atténuant sa violence d’une douce consomme moelleuse, mais râlante, s’arrachant de la gorge par ce r.

    *Oui, morne … *


    Et puis soudain, le canon d’un fusil sous le nez.
    Voilà qui avait un peu plus l’air du bon coup de fouet … Un peu trop mortel peut être …

    Au delà du canon, un regard ardent, félin, inquiétant … Chizu toisa ce regard, aucunement intimidé par ce qui pointait son nez. C’est avec cette pétoire qu’on la menaçait ? La bonne blague … Fixant d’un air de défi ces deux pupilles qui brillaient dans le noir du soir, Chizu lâcha :

    « Fais gaffe, ça peut faire mal ces choses là … »


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Hymarios
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MessageSujet: Re: Un bon coup de fouet ... ⎨Hymarios⎬   Sam 26 Nov - 17:20

La folie est-elle contagieuse ? Quand les ténèbres font leur place dans votre cœur, et que tout devient sombre, noir comme de l’encre, il ne vous reste plus beaucoup d’espoir d’en sortir la tête, sauf pour mieux y replonger peut-être. Hymarios était du genre à aller de l’avant, de ne jamais renoncer et regretter ce qu’elle faisait. Une question d’honneur. Une question de volonté également. La mission était simple, il fallait rejoindre un point précis des marais, un avant-poste de sbires, un centre d’entrainement. Observation, prise d’information, et fuite. C’était sans doute là une mission banale, d’une simplicité exemplaire. Le plus dur pour les rebelles n’est pas de réaliser les missions, mais de se contenter d’avoir un chef. Tout n’était pas anarchique, et il n’y avait pas d’autre choix que de s’y cantonner. Même si Hyma n’aimait pas ça, son côté solitaire reprenait souvent le dessus. Le visage couvert de cette boue des marais si peu recommandable, elle avait fait son chemin, sans trop se faire remarquer sauf peut-être du silence qui était là, comme seul compagnon de route.

Quand une mission venait sur la table, elle ne rechignait pour ainsi dire jamais, et cette fois encore, alors qu’elle n’avait pas bien dormi les fois précédentes, elle avait hoché la tête, pris l’enveloppe, sans réellement savoir ce qu’il y avait à l’intérieur, et détourné les talons. Elle avait ensuite lu, ses yeux bougeant de gauche à droite et de haut en bas, pour bien s’imprégner du texte. Elle savait également que tous ces plans, toutes ces machinations ne servaient à rien. Généralement un plan bien ficelé ne tient plus la route après une demie-heure d’affrontement. La guerre, sans doute veut-elle que tout s’équilibre. Mais cette fois-ci était pire que les autres.

Le camp était bien là où on lui avait dit. Elle avait trouvé des hautes herbes plantureuses, le genre qui cache bien quand un chasseur traque sa proie. Ses yeux félins plissés, elle ôté de son dos sa précieuse arme, qu’elle déposa sur le sol, y mettant la lunette avec soin, et sans bruit, elle observa les vas et vient, la vigie qui avait un œil de lynx, non. Les sbires ne sont pas des idiots, ils sont même d’ailleurs tout le contraire. Se rappelant d’un affrontement corsé entre l’un d’entre eux qui lui avait valu une ou deux côtes fêlées. Elle se bat comme un homme, mais parfois, une faiblesse arrive. Hymarios avait encore ce goût entre les lèvres, glissant lentement la langue sur celle-ci ayant oublié qu’il y avait de la boue et non du sang. Crachant bien vite sans protester. Cela faisait longtemps qu’elle n’avait plus les réactions normales d’une fille de son âge, bien qu’elle-même ne puisse le quantifier. Elle devait sans doute aller dans un endroit du monde dit normal où elle aurait niaisement appris la vie assise sur une chaise, elle aurait trouvé l’amour, eu des amis, bref que des choses inutiles en l’état.

C’est ainsi que perdu dans ses pensées, ses iris percutèrent brutalement un visage déjà vu, une impression de représailles lui remonta de l’estomac jusque dans la gorge, d’un geste, elle arma le canon, bougea lentement et se mit à viser la tête de cette personne, le sourire démesuré, comme fou, peu de personnes arrivent à la mettre dans un tel état, mais il était aussi la plus grande source de soucis au monde pour la jeune femme. Ainsi à découvert, à cause de ses mouvements trop rapides et saccadés la vigie sonna l’alerte, plus d’autre choix que de partir me direz-vous, mais non, pas elle, elle continuait de viser, en poussant un cri déchirant dans le silence brumeux. Quelque chose siffla à son oreille, lui fit un mal de chien au bras, la faisant tomber en vrillant dans les airs. L’arme percuta le sol boueux, à quatre pattes, pestant, en revenant à elle. Hyma ne perdit pas plus de temps, et couru, sans se demander ce qui avait déchiré le voile de sa peau à la faire redescendre d’un étage dans la transe.

Combien de temps avait-elle parcouru les marais, sans être pour autant poursuivie, non, cela ne disait rien qui vaille, passant plusieurs sections de marécages, arrivant enfin dans un lieu complétement dégagé, elle serra le poing, cela clochait. Même pas une escouade ? Et puis il y avait sa présence, pourquoi cette mission lui incombait-elle, Hymarios resta debout, droite, et sans bouger, telle une statue ses réflexion l’amenant à la conclusion qu’on lui avait donné cette mission dans le principal but de se confronter à lui, ou son fantôme. Pestant, elle faucha les herbes d’un coup de couteau, rageusement, et sans pourtant perdre de vue qu’elle était blessée.

Soudain, une branche, un bruit, pas grand-chose, deux ombres, deux sbires en réalité, qui avaient là un poste d’éclaireur avaient pu la coincer, et avant qu’elle n’aie eu le temps de réagir, se prit un double coup de pied dans le ventre, l’écrasant contre un arbre mort, se laissant glisser, un petit filet de sang sur le coin des lèvres, elle haleta faiblement, un œil clos, voyant la prochaine attaque, elle se laissa chuter, et passa sous leurs jambes, un trait de lumière, rien de transcendant, mais de très douloureux, la froide sensation de la lame de couteau dans l’aine. Se redressant, la douleur tant du coup de pied que du projectile lui fit un mal de chien.

Combien de temps avait-elle couru cette fois, elle devait avoir une petite idée, et avait suivi du regard une personne, une fille ? La brume s’était levée, et il fallait bien trouver un abri. Pas vraiment le choix, elle devait profiter de son hospitalité, de gré ou de force. Sa vision se troublait, et alors que l’inconnue tournait son regard vers elle, le canon d’Hyma braqué sur elle, on ne sait jamais, la prudence devait être de mise, surtout dans cet état. La boue ne couvrait plus le visage félin, mais elle devait s’y résoudre elle n’avait pas besoin de l’expliquer pour savoir qu’elle pouvait-être dangereuse. Expulsant un soupir à peine contenu.

-Je sais que c’est dangereux. Et il a servi y’a pas longtemps. Je cherche un refuge pour la nuit.

La brume, l’humidité, le temps était contre Hymarios, les gouttelettes de sueurs perlant sur sa tempe blanche, du sang coulait d’une blessure au bras, autour de celle-ci une petite brûlure, sans doute une belle invention des sbires pour pallier la technologie totalement absente du Otherworld. Elle pesta un peu plus, et esquisse un petit sourire en coin, presque maladif, elle ne voulait pas offrir à cette personne la vision d’une fille perdue et dont elle avait grand besoin de soin. Secouant la tête, elle haussa les épaules.

-Dis-moi ce que tu veux en échange. Si cela te rassure je ne suis pas un sbire. Je m’appelle Hymarios.

Elle ne savait pas si son nom était connu, et franchement elle s’en fichait. Passant habilement son arme dans son dos, telle une épée, le canon fumant encore, dirigé vers le bas, elle se tint le bras, des fourmis semblaient parcourir ses membres avec le vice d’une véritable armée de petites mains voulant lui remonter jusque l’échine et sa nuque, elle claquait des mâchoires, mais discrètement. Elle devait rejoindre son groupe, exprimer que le danger n’était pas qu’une rumeur, mais de là, il fallait également survivre à la nuit et les marais ne sont pas un bon endroit quand on est blessé. Les moustiques, et autres faunes des plus acharnées à vous pourrir la vie, et accessoirement la peau.

-Comment cela se fait-il qu’une gosse comme toi soit dans un lieu si dangereux ?

Avait-elle oublié qu’elle aussi n’était pas très grande, et du genre planche à repassé, elle et sa voix grave d’homme, telle une chanteuse, d’ailleurs c’est ce qu’elle était, quand elle avait la possibilité de s’isoler. La veille, à regarder les étoiles, dans un silence presque complet, elle avait adressé une prière à Dame Lune, comme souvent avant une mission. Sa vision devenait morne, comme un filtre noir et blanc, le mal de crâne revint comme un coup de marteau, elle fronça les sourcils afin de distinguer la mine monocorde de cette étrangère. Penchant la tête, au demeurant elle la trouvait sympathique, et se savait bien loin de la vérité pour autant. Mais pour une fois se fier à l’instinct ne pouvait pas faire de mal. Vacillant un peu, un genou au sol, elle pria secrètement qu’aucun Sbire ne vienne briser ce calme trop beau pour être vrai.
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Chizu Jisatsu



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MessageSujet: Re: Un bon coup de fouet ... ⎨Hymarios⎬   Dim 27 Nov - 15:35

    L’inconnue armée avait les yeux hagards, et pourtant la lumière qui s’y reflétait contrastait avec le brouillard qui envahissait ces pupilles dorées. Il s’agissait d’une jeune femme aux cheveux sombres et aux traits fins, Chizu le devinait dans le noir. Elle reconnaissait aussi l’odeur de la boue, de la sueur et du sang. Ces informations se mêlaient dans sa tête, formant le portrait d’une fugitive blessée … Qui lâcha dans un souffle épuisé :

    « Je sais que c’est dangereux. Et il a servi y’a pas longtemps. Je cherche un refuge pour la nuit. »


    Un … refuge ? Chizu toisa d’un air sévère la fille qui s’accrochait à son arme comme si c’était son bâton de berger, une bouée qui la sauvait de la tempête en pleine mer, un fil d’araignée qui la maintenait en vie. Un fil qui il y a peu avait servi de corde de pendu. La demoiselle aux cheveux blonds lâcha un soupir exaspéré … Elle avait déjà classé cette fille dans la catégorie des Indépendants, ceux qui sont inaptes à se suffire à eux même et donc à survivre. A tous les coups c’était une de ces Rebelles, à en juger son état amoché et sa tenue. Bonne à faire la guéguerre, parfait soldat de plomb qui tirait ses balles d’espoir de liberté et de justice, se transformant en chien abandonné dès le premier revirement de situation. Oui, Chizu avait une idée très fixe et une foule de stéréotypes de son crû au sujet des Rebelles. La blessée aux yeux de chat poursuivit pourtant sa requête.

    « Dis-moi ce que tu veux en échange. Si cela te rassure je ne suis pas un sbire. Je m’appelle Hymarios. »


    Chizu ne moufta pas. Elle était juste … contrariée. Avoir cette fille dans les pattes ne lui disait rien, mais alors rien qui vaille … Elle n’avait pas l’air très futée : un peu que Chizu se doutait qu’elle n’était pas Sbire ! Les Sbires ne demandent pas, ils prennent. Et en général ils sont dans un tout autre état, que ce soit pour l’aspect physique ou psychologique. Enfin, toujours était-il que la dénommée Hymarios comptait vraiment sur l’aide providentielle … Elle venait de faire passer son arme dans son dos pour mieux faire pression sur son bras, n’ayant d’autre garrot que sa main. Chizu jeta un regard sur la plaie … Profonde, elle avait touché une artère et était déjà salie par la boue et attaquée par les moustiques. Cette fille n’avait même pas pensé à s’enduire d’huile ou de répulsif pour éviter ces terribles insectes !! L’opinion que la jeune fille se faisait d’elle ne faisait que se dégrader, lentement, laissant place au reflet d’une petite idiote révolutionnaire. La fille des marais la considérait de plus en plus avec dédain et dégoût … L’image que lui renvoyait Hymarios était celle-là même qu’elle haïssait par dessus tout … Et cela n’alla pas en s’améliorant.

    « Comment cela se fait-il qu’une gosse comme toi soit dans un lieu si dangereux ? »


    Les fins sourcils blonds se transformèrent en une barrière. Une barrière qui allait empêcher de passer tout ce que Chizu aurait pu, qui sait, ressentir vis à vis de cette blessée. Ne serait-ce qu’un peu de compassion pour cette vilaine blessure, une certaine fierté de venir en aide à quelqu’un. Maintenant, c’était fini. Juste pour ça me direz vous ? On ne se moque pas impunément d’une jeune fille vous répondrais-je. Surtout lorsque l’on la profil de l’hôpital se foutant de la charité. Dommage, la charité avait fermé ses portes.

    Alors que les yeux d’Hymarios commençaient à papillonner, que sa tête se penchait sous le poids de la fatigue et que son genou touchait terre, Chizu fixait d’un air hautain la jeune femme à ses pieds. Elle, une gamine ? Non mais elle s’était vue ? Les Marécages n’étaient dangereux que pour ceux qui violaient ce sanctuaire sans en connaître les lois. Lorsque l’on allait à la messe, on savait à quelle confrérie religieuse appartenait le bâtiment saint dans lequel on entrait, on connaissait les Ecritures qui y étaient liées, même si ces connaissances étaient vagues. On savait où l’on mettait les pieds et l’on connaissait l’histoire des lieux. Les Rebelles étaient bel et bien athée. Ils n’avaient que faire des principes et des lois … Les Sbires n’étaient pas bien mieux dans leur genre, mais ils ne prétendaient pas être l’incarnation du Bien sur ce monde d’obscurité et de ténèbres. Ils avaient cette clairvoyance.

    Chizu était sans doute jeune, petite, mince, voir carrément rachitique, elle était loin d’être stupide. Ici, c’était Son environnement. Et cette Rebelle ne pouvait pas le comprendre. Elle ne pouvait pas saisir que cette « gamine » qui ressemblait à une poupée de porcelaine, dont la propriétaire devait avoir un très mauvais gout vestimentaire, cette « enfant » était mille fois plus en sécurité qu’elle, la Rebelle âgée et musclée, tout aussi plate qu’elle, armée de son flingue et de ses beaux espoirs. Même dans son état pitoyable, elle ne pouvait s’en rendre compte. Chizu tendit la main vers Hymarios, mais ce n’était en rien un geste chaleureux. Sa main blanche saisit le menton terreux et le releva, et les pupilles d’un bleu de glace toisèrent la jeune femme au regard trouble.

    « Vous êtes bien impolie … Sachez que de nous deux, c’est vous qui êtes le plus en danger … Votre vie dépend d’une gamine … N’est-ce pas angoissant ? »


    Un silence de mort suivit ces froides paroles. Chizu lâcha brutalement le visage de la Rebelle et s’écarta, la considérant de haut. Elle était passablement énervée, et n’avait pas envie de laisser cette fille ici au milieu des Marais sans auparavant lui avoir donner une petite leçon. Pour une fois, l’aînée allait pouvoir apprendre … Mais en valait-ce bien la peine ? Car si elle mettait cette idée à exécution, elle prenait un risque terrible. Ce n’était pas tant que risquer sa vie auprès des Sbires qui la dérangeait, c’était surtout de la risquer pour ça, cette cause minable. Et puis, si cette fille était une Rebelle, elle connaissait Jake … Jake qui la cherchait, s’inquiétait sans arrêt pour elle, la collait, l’embêter, l’empêchait de respirer … Jake qui ne devait pas, surtout pas savoir où elle vivait.

    Le débat intérieur se prolongeait dans sa tête pendant que les grains de sable tombaient dans le Sablier du sieur Chronos et mouvaient dans les trous boueux. Hymarios n’avait soufflé mot depuis la réplique acide de la jeune fille … Sans doute parce qu’elle était trop faible pour jouer des cordes vocales. Et puis, soudain, Chizu en eut marre.

    « Les Marais sont largement pourvus en squelettes. Si tu ne veux pas y laisser le tien, tu n’a pas mille et une options … Tu me suis et tu te tais. Si tu ne peux pas me suivre, tant pis pour toi. Ta vie étant tienne, je n'en suis pas responsable. »


    Tout en parlant, la jeune fille s’était approché d’Hymarios en détachant le lambeau noir attaché à son cou, dévoilant l’éclair blanc d’une cicatrice, la trace de la caresse d’une balle. Elle prit le bras de la blessée sans la moindre délicatesse, ignorant toute forme de protestation, et posa un garrot bien serré. Puis elle fit volte face et reprit sa route, lâchant un dernier conseil derrière elle :

    « Fais attention où je pose mes pieds et où tu poses les tiens … »


    Et elle s’enfonça dans une poche de brouillard.

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Hymarios
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MessageSujet: Re: Un bon coup de fouet ... ⎨Hymarios⎬   Jeu 1 Déc - 19:24

Un cauchemar. S’il devait exister un mot pour la situation actuelle pour Hymarios ce serait le cauchemar éveillé, celui dont on voudrait se réveiller mais qui n’existe autre part que dans la réalité. Bien sûr, elle avait tenté de s’y résoudre, et d’accepter son sort, mais cette satanée petite voix intérieure lui disait toujours de se battre et de continuer d’avancer, et bien qu’elle veuille lui faire fermer sa bouche, elle continuait encore, comme une conscience de lui dire de faire un pas de plus. Mais plus que ça encore, il en allait de son honneur, ainsi, elle avalait les kilomètres et les nuits blanches, sans discontinuer, faire les missions, et enchainer comme une litanie, comme une malédiction. Elle a toujours connu Otherworld de la sorte, et ce n’était pas cette personne qui allait lui faire connaître. Même s’il fallait l’avouer, la durée de la mission ne l’engageait pas aussi loin dans les marais, Hymarios n’est pas une novice, non, très loin de là. Mais comme souvent, elle préférait laisser les personnes qui aiment s’écouter parler, après tout, ils sont leur meilleur auditoire. Bin sûr elle ne doutait pas que Chizu était une personne de bon sens, et sur le fait, elle n’avait pas vraiment tort. Oui, sa vie était entre ses mains, et le regard qu’elle avait lancé était suffisant pour faire comprendre la situation.

Il y avait cependant quelques points sur lesquels elle avait raison, Hymarios était impolie, selon la situation, elle pouvait même devenir particulièrement idiote, et bornée, mais elle le savait, et il était inutile d’en rajouter. L’échange de regard fit intérieurement sourire la jeune femme qui commençait bien évidemment à perdre pied. Mais cela ferait trop plaisir à certain de mourir ici et dans de telles conditions. La responsabilité d’une vie incombe à celui qui la vie, et sur ce point elle était d’accord, sur ce détail, elle se redressa, bombant un peu les épaules, la douleur lui était assez brûlante, mais elle n’en fit aucun commentaire, de toute façon, Chizu était déjà partie dans le brouillard, Hymarios réfléchit tout en boitant quelque peu, elle n’avait plus de solutions, et bien mal lui en pris de vouloir de l’aide. Haussant faiblement le regard vers la poche de brouillard faisant tel un mur, elle secoua la tête en soupirant. L’angoisse, la perdition, bien sûr, elle connaissait, et elle ne le désirait pour personne, pas même son pire ennemi. Mais elle se tut, dans une sagesse qui ne lui ressemblait pas, elle, la boule de nerf.

Dans le sifflement du vent passant entre les côtes des divers squelettes, on pouvait entendre une musique sinistre, tel une flute corporelle, sortant et déglutissant, vomissant des sonorités partant en écho dans les airs, tel un concerto malsain et mortel. De cette idée, Hymarios se permit d’en sourire sans en rire. Le courage pouvait bien être de mise, sans le pouvoir de contrôler ses humeurs, il n’y avait pas de chance de s’en sortir en vie. Alors elle se laissa mener entre les volutes de gaz du marais, les morceaux d’os, les cranes souriants au mauvais sort, se rappelant les données sur le marais qu’elle n’avait pas pris bon de conserver, d’écouter même, trop habituée sans doute à la traque. Elle ne savait plus cependant depuis combien de temps elle n’avait plus sourit ni même esquisser cette grimace, cette mine réjouie et sans arrière-pensée de cruauté ou de sadisme. Cela n’avait plus beaucoup d’importance au fil du temps qui s’écoule.

Elle devait déjà être de retour au quartier général, faire son rapport sur la situation, mais elle en était tout bonnement incapable. Ce n’était pas une fuite, ou un manque de sérieux, pas venant d’elle, surtout quand on sait quelle ardeur elle met dans ses affrontements, non. Parfois, dans de très sombres journées, elle avait cette mélancolie dans le regard et dans la voix. Elle cherchait la personne capable de lui rendre ce sourire, l’envie de vivre, de tirer les joues de ce rictus humain du rire et de la joie, celle qu’elle avait tout simplement banni de son monde, de son univers. Ne se reconnaissant pas dans son propre reflet, elle en venait à se considérer comme un fantôme. Elle défiait tout le monde, bêtement, elle l’admettait, mais elle ne cherchait qu’à vivre. Non. Non, ce n’était pas si simple. Elle voulait être ce mystère, cette énigme que tout le monde voit, et qui explose en plein vol pour mieux disparaître. Lentement mais sûrement elle perdait le sens des réalités. Pas vraiment une folie, non, mais une perte complète de repère. L’angoisse ? Elle tendait le bras vers celle-ci, elle voulait la battre, la vaincre, sa propre faiblesse. Si elle n’y arrivait pas, Otherworld aurait gagné. Non !

-J’avoue, je suis impolie. Est-ce forcément mal ? Ce monde est à l’image de ceux qui le détruisent. Telle une partition de piano désaccordé. Il part dans les fins fonds de la propre ignorance de ceux qui composent ses habitants et qui ne bougent pas pour retourner la situation. Je ne veux pas donner la satisfaction à cette créature d’avoir le dessus sur mon être !

Reprenant lentement son souffle, ayant pesé chaque mot et chaque syllabe, la haine dans le regard non seulement mais également dans la voix, il y avait un torrent de lave dans ses iris félines. Mais elle n’a sans doute même pas effleuré la jeune femme, ni touché d’ailleurs, après tout, il fallait avoir un minimum de conscience pour cela, et Hymarios n’avait pas la preuve de celle-ci. Elle était reconnaissante, mais après tout, chacun son destin, si tant est qu’on y croit un tant soit peu. Le discours était moralisateur et donc inutile. Elle détourna la tête, renfrognée, et elle pressa le pas, le temps venait à manquer, et c’était là le plus grave. Son pied percuta alors un tibia, envoyant voler l’agile, mais épuisée combattante, d’un joli battement d’aile dans l’eau croupie du marais, se redressant, tel un chat pris en faute, les bras écartés dégoulinante. Elle croisa les bras, et grogna comme une enfant.

-Je commence à en avoir assez de ce marais..

Mais elle se doutait bien d’une réponse cinglante de la part de Chizu qui d’ailleurs ne s’était pas encore présentée. Elle alla vers le bord de l’eau, celle-ci lui montait jusqu’aux genoux qu’elle avait nus en plus de cela. Froide et transie par la douleur et la fiévre, cela n’arrangeait pas son humeur. Une odeur vint avec la bourrasque de vent, une qu’elle n’appréciait pas, celle des Sbire qui approchaient sans nul doute à grand pas. Elle ne devait pas rester là, et la jeune femme non plus. Elle ne voulait d’une victime supplémentaire par sa faute. Surtout que n’importe quelle tête faisait beau sur leur tableau de chasse, vérifiant son canon machinalement malgré la fiévre et le poids, elle vérifia également si les munitions n’étaient pas mouillées, mais son bâton de fortune devait se reposer tout autant qu’elle. Secouant tristement la tête elle ne comptait plus sur le labyrinthe de brume pour les sauver. Il fallait se cacher et le plus vite possible.
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Chizu Jisatsu



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MessageSujet: Re: Un bon coup de fouet ... ⎨Hymarios⎬   Lun 5 Déc - 20:51

    La marche … une bien curieuse activité, qui revêt bien des aspects derrière sa banalité première … Lorsque l’on s’y attarde, que la lumière perce à jour son sens dans sa globalité, alors on ressens tout le poids porté par ce mot. Marcher. Un acte millénaire que l’humanité s’est appropriée. Il existe bien des manières de marcher derrière le fait de poser un pied devant l’autre, de plier les articulations de la jambes et de les dérouler dans de souples foulées. C’est devenu autre chose. Selon le chemin, le marcheur, le rythme du pas, la marche prend son sens. La marche de santé qu’effectue le sportif dans les sous bois au rythme de la musique que crache son Ipod n’a rien à voir avec la sombre marche funéraire qui conduit la famille en pleurs vers le cimetière dans un silence recueilli entrecoupé de sanglots. Marcher, c’est un art, une allégorie de la vie … Et en l’occurrence une parfaite illustration pour définir l’ambiance dans laquelle évolue nos protagonistes. Soyez rassurés, ici finit la définition de mon dictionnaire personnel … pour laisser place à l’action, celle que vous réclamez à corps et à cris, avides d’une suite, tragique si possible, afin de vous repaître de ces drames sanglants, ô viles lecteurs.
    Trêve de palabres.

    Chizu s’en allait sur les chemins tortueux de cet étrange cimetière vivant, ce ventre de la terre qui aspirait les êtres et les digérait, un estomac fait de boue et de vase. Le tout était d’échapper à ses crocs. Ce qu’elle faisait avec beaucoup d’habilité en temps normal, sautillant comme un écureuil l’aurait fait dans les arbres. Mais aujourd’hui, un boulet la maintenait à terre, bridant ses mouvements. Derrière elle se traînait péniblement la dénommée Hymarios, un chat écorché ramassé sur la route … Et Chizu, bien qu’elle ne l’admettra jamais, ne pouvait pas laisser les chats écorchés agoniser sur la route. Elle avait assez de démons pour chanter mille et uns chants macabres une fois la nuit venue. Les miaulements plaintifs n’avaient pas besoin de s’y rajouter. Décidément, les métaphores félines allaient très bien à la rebelle … La blondinette de guide voyait encore les pupilles dorées qui la regardaient, féroces, avides de vie. C’était peut être pour ça qu’elle avait fait signe à Hymarios de la suivre … Parce qu’elle avait vu dans la lumière d’or d’un jet, d’une explosion, d’un désir de ne pas mourir, pas tout de suite … Cette fille lui avait fait un premier effet très négatif d’inaptitude à la survie. Mais cette force qui dormait en elle et que Chizu avait entrevue remontait la note. Oui, c’était sans doute pour ça. Parce que dans les ténèbres, les éclats de vie et de lumière sont trop rares pour disparaître si facilement.

    N’imaginez pas que juste parce qu’elle refusait de crever dans ce trou de boue Hymarios gagnait une place dans le cœur de notre petite civile … Celle-ci n’oubliait pas l’offense qui lui avait été faite. Ainsi elle restait devant, marchant d’une bonne allure, mais pourtant en marquant chacun de ses pas afin de montrer où il fallait poser le pied, sans jeter un coup d’œil derrière elle, mais écoutant le bruit de la respiration saccadée de la blessée. Elle ne l’abandonnait pas … Mais ne lui faisait pas de cadeau. La gamine avait la rancœur dure. Dans le silence de la marche, ce pèlerinage vers un abri, l’esprit de Chizu vagabonda … Il quitta un instant l’odeur de putréfaction, le bruit que faisait le pied lorsqu’il s’arrachait à la vase. Il quitta les mots de l’’impolie en charpie, l’odeur de la poudre du fusil et celle du sang. Quitta l’instant présent. Où alla-t-il ? C’est une bonne question … Toujours est-il qu’il n’y resta pas longtemps.

    {J’avoue, je suis impolie. Est-ce forcément mal ? Ce monde est à l’image de ceux qui le détruisent. Telle une partition de piano désaccordé. Il part dans les fins fonds de la propre ignorance de ceux qui composent ses habitants et qui ne bougent pas pour retourner la situation. Je ne veux pas donner la satisfaction à cette créature d’avoir le dessus sur mon être !}

    {Vous pourriez m'en offrir une de satisfaction : Fermez là.}


    Distingué, subtil et léger … Du grand Chizu. Mais elle avait prévenu, elle avait bien spécifié que le silence était de mise, et ce n’était certainement pas anodin. Il n’y a pas de place pour les caprices de misanthropes dans les marais, il faut être attentif et précis si on ne veut pas moisir dans la vase. Être à l’écoute du moindre craquement de branche et guetter le moindre signe suspect … Car n’oublions pas que les Sbires sont partout. Cette Rebelle devrait pourtant bien le savoir, elle qui avait eut l’opportunité de les rencontrer à en juger l’état de son bras. Elle avait la mémoire bien courte. Mais ce n’était pas là le seul motif de ce silence imposé. C’était certes une très jolie métaphore que de parler musique et vieux piano … Mais l’énergie qu’Hymarios avait fourni à penser cette phrase, l’attention qu’elle avait mise à la prononcer de sa voix grave … c’était de l’inattention pour le reste. Les hommes se croient toujours au dessus de tout, aptes à conserver le contrôle et capables d’accumuler les tâches. Mais il n’y avait qu’un pas à en faire un faux pour que tout se casse la gueule.

    Chizu ne crut pas si bien penser. Soudain elle put entendre un choc et le splash que fit la blessée en s’étalant avec, reconnaissons le, beaucoup de grâce dans la boue. Pour couronner le tout un jet de terre gicla sur la jeune fille blonde, tâchant le dos de sa chemise déjà infâme. La civile fit volte face, lâchant un soupir d’exaspération. Elle ne put s’empêcher de penser à nouveau à un chat … Mais l’image d’un félin audacieux et indépendant n’était pas vraiment celle qu’elle avait en tête, loin de là. Non, elle voyait plutôt un minou qu’un gosse aurait balancé dans l’eau pour tester sa réaction. Membres écartés, yeux ronds, la mauvaise surprise incarnée.

    {Je commence à en avoir assez de ce marais… }


    Chizu ne répliqua même pas, soupirant une énième fois … Pourquoi fallait-il toujours qu’elle parle ? Ne venait-elle pas d’avoir une démonstration des conséquences de la première seconde d’inattention ? Pendant qu’elle bavassait, elle ne regardait pas où sa guide posait les pieds et tombait dans les pièges de la nature. Assez de ce marais ? Mais personne ne l’y avait invité ! Et puis d’ailleurs, si elle se croyait la seule à en avoir ras le bol …

    *Mais qu’est-ce qui m’a pris de … Raaah !*


    Ah ça oui, Chizu s’en mordait les doigts à présent. Elle était loin sa fugace vision idyllique du désire de vivre ! Tandis que la Rebelle se dirigeait péniblement vers la rive, la jeune fille alla s’asseoir sur une racine, attendant qu’Hymarios de n’extirpe de là. Elle ne jugea même pas utile de l’enjoindre de se presser. Elle en avait tout simplement assez. Et pourquoi ne pas l'abandonner là, comme ça ? ... Non ... Aussi agacée puisse-t-elle être, elle voyait encore une flamme tremblante, elle sentait encore le souffle de la vie. Elle ne se sentait pas de souffler la bougie et de fermer les fenêtres, elle savait qu'elle le regretterait d'avantage que si elle se coltinait Hymarios jusqu'au bout.

    Le vent souffla doucement, faisant frissonner les deux jeunes filles transies de froid. Il portait avec lui autre chose que la fraîcheur ... Dans ce courant d'air il y avait ... une odeur ... Chizu la laissa passer sans y accorder trop attention, énervée qu'elle était. Elle fixait la Rebelle en silence, attendant qu'elle finisse de jouer avec son arme et de sortir de son bain. Elle ne remarqua pas l'angoisse qui avait modifié les traits de sa compagne de fortune. Elle se contenta de faire volte face et de poursuivre sa marche en lâchant un sec :

    {Et maintenant parle moins et regarde où tu mets les pieds.}


    Des fois, il ne vaut mieux pas trop regarder ses pieds ... A pencher la tête ainsi, on s'endort un peu, on tombe dans un mouvement pendulaire monotone. Et l'on oublie que le danger ne vient pas que du sol fuyant et trompeur. On oublie que le danger peut venir d'en haut ... Et en général le danger évite de vous passer un petit coup de fil pour vous dire : «Allô, bonjour, juste pour vous dire que je vais te tomber dessus dans deux minutes. » Surtout quand le danger en question porte le nom suivant : Sbire. Et effectivement, il lui tomba dessus. Au sens littéral du terme. Chizu ne ne vit absolument rien venir. Elle sentit juste une masse atroce s'abattre sur sa nuque, son corps basculer en avant, la tête la première, le froid de la lame contre sa joue, une main lui arrachant le cuir chevelu et lui relevant brutalement la tête.

    {Aaah ... Putain ...}
    {Ta gueule. Et toi bouges pas où je fais gicler le sang}
    {Je t'emmerde connard, lâche moi ! Retournes sucer tes supérieurs !!}


    Aussitôt elle gouta au fer entaillant sa peau. C'était mérité. Elle n'avait qu'à faire attention. Elle qui se targuait de connaître la loi des Marais, elle s'était fait avoir en beauté. Un instant elle regretta que le ridicule ne la tuasse point sur le champs, elle aurait moins souffert de la honte et de l'humiliation qu'elle subissait, et qu'elle allait continuer de subir lorsqu'elle s'en serait sorti. Car de cela elle ne doutait pas une seconde. Et pourtant la situation était assez pitoyable. La face contre terre, Chizu était écrasée par le Sbire assis sur ses épaules, un genou calé dans le creux de ses omoplates, et ce couteau froid cette fois pointant sa carotide. On avait vu plus brillant. Quant à Hymarios, la civile ne savait même pas si elle était encerclée ou pas ... Même si c'était très probable : vu la menace elle était certainement pas immobilisée, et puis les Sbires ont la sale manie d'agir en groupe. Quoique qu'il y ai quelques originaux dans les rangs ...

    {Hyma', considère que tu me dois rien et tire toi.}


    E
    lle était certaine que ces mots ne serviraient à rien : les Rebelles n'écoutent jamais ce genre de paroles. Ils les balaient, brillant de leur fierté et de leur égo, auréolé de la lumière de l'héros en puissance. Mais Chizu avait voulu protéger la flamme de la bougie ... Tant pis si après le chandelier courait dans les courants d'air au risque de se faire souffler. Elle aurait au moins essayé.

    Ceci dit, elle ancra ses mains dans le sol boueux, se concentrant. Le phénomène qui l'écrasait par terre devait au moins peser 60 kilos tout sec ... Elle n'avait qu'une chance de s'en débarrasser. Et ce couteau qui lui démangeait la gorge ... Elle allait devoir jouer serré. Son souffle se mit à ralentir ... Et puis elle passa à l'action. Elle attrapa le poignet du Sbire et l'écarta brutalement de son cou de quelques centimètres, tourna la tête et y plongea les dents, mordant en plein dans le tendon qui reliait le pouce à l'avant-bras. L'homme hurla de surprise comme de douleur. Chizu ne relâcha pas une seconde sa prise et arracha un lambeau de chair et de muscles, telle une véritable bête ... Souffrant le martyre l'homme la lâcha, agrippant son membre blessé en geignant et en pleurant. Il devait en baver. Et ce n'était qu'un début. Chizu l'attrapa par le vêtement et le plongea dans la vase où était tombée Hymarios quelques minute plus tôt.

    {Bon bain !}


    Et puis les autres arrivèrent ...

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MessageSujet: Re: Un bon coup de fouet ... ⎨Hymarios⎬   Sam 10 Déc - 22:49

« Bonjour, je m’appelle Hymarios. J’ignore quel âge j’ai, et j’ignore également d’où je viens. »

C’était de la sorte que quelques temps auparavant, elle s’était présentée aux autres rebelles. Il fallait l’avouer, cette fille avait en elle bien des mystéres, et pas mal de défaut, mais elle ne s’en cachait pas, non, elle en était fiére, et pire encore, se revendiquait être une mauvaise graine. De là à mettre le bordel partout où elle passe, il n’y a qu’un pas. Habituée à saboter ou s’infiltrer, Hymarios était douée, et étrangement, bien loin de se vanter. Et elle se rappelait les ballades dans les rues souterraines, à guetter le moindre bruit d’un transport de troupe, ou même d’un ravitaillement de munitions. Les fusils étaient rare dans l’Otherworld, mais ceux qui l’utilisaient étaient vraisemblablement des as, ceux qui savent comment il faut viser. La femme n’était pas exempt non plus de tout déshonneur, elle n’a pas fait que le bien autour d’elle, et ne s’en plaint pas. Elle n’était pas du genre à vouloir bien se faire voir de quelqu’un, ayant alors une mauvaise réputation, tant chez les sbires que chez les rebelles, sans doute un niveau au-dessus, parfois, l’on pouvait honnêtement se demander pourquoi ils ne la livraient pas aux méchants. Mais là encore, ce serait trop simple.

-Hyma, pourquoi tu ne souris jamais ?
-Ai-je une raison de le faire ?
-Tu n’es pas heureuse ?
-Pourquoi le serais-je ?
-Tu réponds toujours à une question par une autre !
-Si tu t’énerves pour si peu… tu devrais retourner à une vie civile.
-Pourquoi tu es blessante, je ne voulais que parler avec une amie.
-Alors un conseil d’amie. Part avant de mourir.

Elle s’en rappelait à présent, quand elle vit Chizu tomber à plat ventre, avec un sbire dans le dos, elle ne voulait pas d’amitié, car cela permet de mieux cibler les personnes faibles. Par amitié, on peut faire tant de choses. Il est vrai que Chizu n’avait rien fait pour être son amie, bien au contraire, je dirai qu’elle avait tout fait pour se rendre détestable. Mais face au danger, l’on peut imaginer qu’une Rebelle se gargarise de ses exploits, fasse jouer son nom, en roulant tel un fracas de tonnerre, et avec le flux et le reflux de la mer, tel un héros asiatique. Et bien non. Hymarios resta immobile, les cheveux devant les yeux. Inexpressive au maximum, les paroles de la civile ne lui parvenaient plus. Lui revint ce long sanglot d’un garçon, plus tard dans l’année. Il caressait les joues froides d’une fille, celle la même qui avait parlé avec la féline quelque mois plus tôt.

-Pourquoi a-t-elle fait ça ?! Je n’avais rien demandé.
-Hymarios ! Mais t’es folle, elle s’est sacrifiée pour toi !
-Je ne mérite pas ce poids sur mes épaules ! fit-elle d’un geste de la main.
-Tu n’as pas de cœur ! Elle s’est prit le coup pour te sauver la vie !
-Je n’en ai que faire. Mourir bêtement en se sacrifiant n’a jamais été une preuve de courage !

Elle se détourna, ramenant sa capuche sur ses yeux, et elle s’éloigna. Cette fille se nommait Meredith, mais ni son visage, ni sa voix ne revint à sa mémoire, juste le sourire, qui la narguait, de loin, dans son suaire, elle ne vit les funérailles que de loin, dans l’intimité de sa propre solitude, une bouteille à la main, la levant comme une tournée générale. Elle la vida, elle s’en rappelait, pratiquement d’un trait. Puis quand tout le monde fut séparée de la sépulture, sous la voûte qui fit comme un écho, une gigantesque caverne où tous les morts étaient logés, sous la bénédiction d’un rayon éphémére d’un écho sans nom, les chauve-souris d’un côté, et le silence de l’autre, elle alla, poser un genou au sol

-Pourquoi tout le monde cherche à peser sur mon âme, dis-moi ? Tu es lourde. Mourir bêtement. Tch. Andouille. Las.. personne ne le comprend. Je parle plus facilement aux morts, ils voient par delà les apparences, et donc c’est plus facile. T'as pas intérêt à me hanter. idiote.

Les sbires ne connaissaient pas vraiment ce fantôme, mais ils furent souvent mit en garde, comme une femme aux yeux de chat, un monstre qui n’hésite pas à faire cracher le feu d’une arme antique, dont le nom de fusil à lunette n’excellait pas vraiment leur compréhension. Une arme si belle, aux yeux d’Hymarios, dévastatrice, comme elle. Un SVD Dragunov, une arme que les Terriens connaissent très bien, car Russe, mais l’Otherworld a banni cette technologie, contrainte de créer ses propres munitions, et elle était vraiment douée. Une seule erreur de manipulation et l’arme pouvait se retourner contre elle. Une arme pour amie, une balle comme message d’amour, ou de haine, et le tout avec les yeux aussi vides que des calices de vin de messes, sombres et pourpres comme le sang du Christ. Mais Hymarios avait d’autres talents cachés, outre le fait d’être râleuse. Elle était aussi.. Haineuse.

Elle avait bien vu la situation, et fuir n’était pas dans ses plans. Elle avait dans son dos un étui et la possibilité de retirer à une vitesse folle son arme. Elle était blessée, dans un état plus que pitoyable, il fallait l’avouer, mais une poussée d’adrénaline pouvait aider, oh, elle n’avait aucun espoir de s’en sortir sans dommages, mais c’était comme ça, elle pouvait même parfois faire pire encore. Combien de fois, ses supérieurs ont hurlé sur elle, alors qu’elle ressemblait plus à une momie qu’à une dame. Le médecin avait raison, à force de te prendre pour un garçon, elle en devenait un, sa croissance fut étrangement bloquée, et elle ne s’en plaint pas tant que ça, sauf peut-être pour sa féminitié. Imaginer Hymarios timide est sans doute très difficile, mais croyez-moi, cela pouvait être le cas. L’odeur du sang, chez elle, c’était mécanique, quasiment démoniaque. Un cri mais cela ne suffisait pas à la sortir de sa transe, lentement, un rictus élargit ses lèvres. Un homme posa la main sur son épaule, il se prit un coup de coude, alors qu’entre ses méches on pouvait voir, un regard d’une intensité si cruelle, qu’on aurait imaginé une toute autre personne. Un coup millimétré bien positionné, l’homme jeta sa tête en arrière, une petite giclée de sang perla dans les airs, les yeux écarquillés, mais vitreux, tombant sur le dos, avant de se faire engloutir par la vase cruelle.

Non, elle n’était pas remise sur pied, n’en croyez rien,d’ailleurs, elle fut même sacrément culottée d’agir de la sorte, ce n’est pas parce qu’on est en transe que l’on est pour autant moins faible. Elle avança. Un pied lentement. Le bruit était semblable à un corps qui se désagrége en boue sordide, comme on écrase un insecte. Un jugement de monstre, pour un clan non moins monstrueux. Elle fit un autre pas, plus lourd celui-ci. Puis un autre, plus rapide, approchant d’un autre qui était transi de peur, ils l’avaient reconnu, les armes en métaux polis, tranchantes, dont on pouvait parfois voir le reflet trouble de la personne en face, ne firent sans doute pas le poids face à la crainte, à la peur que l’on pouvait ressentir, et tel était le cas là. Des murmures, et avec ça, le bruit du vent, tel un hurlement de bête furieuse, certains courageux allèrent fuir dans les jupes de leurs mères, si tant est qu’ils ne l’avaient pas trahi pour avoir leur place, mais l’un d’entre eux ne fit pas ce geste, il lança son couteau qui percuta l’épaule d’Hymarios, un bruit, un gémissement, cet homme s’élança pour la bloquer contre l’arbre un genou contre l’estomac.

-Je n’ai pas peur des fantômes..
-Alors tu ne t’en plaindras pas de les rejoindre.

D’une voix, presque doucereuse, limite mielleuse, et séductrice, elle avait prit cet homme à son propre piége. Le sol était différent sous les pieds d’Hymarios, et sans qu’il ne le remarque cet abruti était en plein dans le cœur d’un tourbillon qui commençait à l’engloutir. Se sentant emmenée également, elle se débattait comme une folle, les blessure suivaient le rythme, et s’étiraient, telles des fissures dans la porcelaine, avant de finir dans un magnifique coup de tête dans le nez, pour ensuite sauter en arrière, et perdre l’équilibre, les fesses au sol. Non, Hymarios n’avait rien d’une femme sublime qui ne se trompe jamais, haletante, en voyant la créature au visage humain, mais au cœur de pierre mourir asphyxié par sa propre erreur. Elle se rappelait le visage de Meredith, le sourire aux lèvres pour avoir sauvé quelqu’un. Ce ne fut pas ce visage là que fit Hymarios. Elle se contenta de tirer sa capuche, pour couvrir son regard, et aller voir Chizu, tendant la main, tremblante sous l’effort, sans prononcer un mot, sans dire une phrase. Deux perles de sang le long des joues, sans doute dû aux gaz et à l’énervement, serrant doucement ses phalanges avant de tendre avec plus de franchise, d’un air tant de défi, que d’entraide.

-Continuons.. Nous sommes trop exposées ici.
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Chizu Jisatsu



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MessageSujet: Re: Un bon coup de fouet ... ⎨Hymarios⎬   Mer 14 Déc - 14:26

    Il est regrettable de constater que les Sbires ne répondent pas aux critères correspondants au prototype de base de la brute épaisse, méchante pas belle et surtout stupide, a la solde du Big Boss de fin de jeu. Brutaux et méchants, là n'etait pas le problème ; ils l'étaient amplement. Pas beaux, ca restait à voir ... mais stupides, ça non, on ne pouvait le nier, ils étaient loin d'etre des imbeciles. Ils avaient cette odieuse intelligence qui guidait leurs actes réfléchis avec soin et leurs actions de groupe. Car toujours, les Sbires agissaient en troupe. Aussi le bougre qui gisait à present dans la vase n'était qu'un eclaireur, un membre négligeable envoyé au casse-pipe. Maintenant le gros de la troupe pouvait sortir. Et ils ne s'en privèrent pas.

    Chizu ne s'était pas encore levée, le lambeau de chair sanguinolente entre les dents, qu'ils jaillirent de toutes parts, armes au clair, le regard brillant et les dents blanches. Pas le temps de réfléchir, pas le temps de penser. Juste les instincts et les reflexes pour protéger le fil d'araignee qui vous maintient en vie dans ce bas monde. Un katana fendit l'air, prêt a trancher ce fil si fragile... Chizu brandit le premier objet qui lui tomba sous la main, à savoir une pierre. La lame japonnaise s'y cogna violemment et la jeune fille sentit les vibrations secouer tout son bras et parcourir son palpitant. Mais pas le temps non plus d'avoir peur. A peine celui de se défendre. Et ce temps si court, cette brève seconde, il ne fallait surtout pas la laisser passer. La pierre vola. Elle emporta un oeil. Chizu récupéra le katana, non pas en se jetant dessus comme l'aurait fait betement tant d'autres, mais en laissant tomber son talons sur le manche, utilisant à son avantage l'effet "rateau". L'arme fut a peine redressée qu'un Sbire vint s'empaler dessus. D'ou l'intérêt de ne pas se vautrer bras tendus vers son salut. Enfin Chizu put saisir l'arme à deux mains. Erreur fatale. En mer comme à Other World, une règle de survie existait : toujours avoir une main pour soi. La Sbire borgne s'etait relevée et s'etait jetée dans un acte suicidaire vers la Civile, passant a travers sa propre arme qui se retrouva bloquée dans le cadavre. Reflexe stupide, la jeune fille voulut extirper le katana... cela suffit à un autre Sbire pour tendre son arc et tirer. La flèche se planta dans un bruit sec, sa pointe s'arrêtant contre l'os après avoir percé peau et tendons. En plein dans la cuisse.

    {Ah! Merde... ah mon Dieu ... RAAAAAAAAH!!!}


    Elle tomba, lâchant le manche du sabre japonnais. Elle hurla en arrachant la pointe de sa jambe dans une fontaine de sang. Elle risquait l'hemoragie ainsi, mais il lui était insupportable de garder ce morceau de métal dans sa chair ... une autre flèche siffla, mais se planta dans le cadavre de la Sbire. Il fallait se relever... il y en avait d'autres ... se relever ...

    Une detonation éclata. Un fusil donc ... Chizu tourna la tête et eut envie d'esquisser un sourire sans pour autant s'exécuter. Derrière elle brillaient deux disques d'or ... un regard des plus envoutants. Hymarios. Autour d'elle l'on voyait des membres sortant de la vase, le sang, la mort. Son état s'etait encore deteriore, de nouvelles blessures étaient apparues.

    { Continuons.. Nous sommes trop exposées ici. }


    L
    e regard de Chizu balaya la place ... Les Sbires ne pouvaient pas déjà avoir disparus, c'etait numeriquement impossible... Et pourtant. Sans doute avaient-ils ordonné le replis pour revenir en plus grand nombre. Tout ça pour deux nanas, et en piteux état qui plus est ... Enfin. La jeune fille poussa le cadavre devant elle et arracha le katana. S'appuyant sur son bâton de mort, elle prit l'un de ses foulards noirs, dévoilant de nouvelles cicatrices et banda sommairement la plaie beante qui lui ouvrait la cuisse. La blessure n'était guère belle... Ceci dit aucune ne l'était dans les marais. Vint le moment de vérité ... Chizu se leva. Elle se mordit les lèvres jusqu'au sang pour retenir ses hurlements de douleur. Non, elle ne pourrait pas marcher bien vite. Sautillant, une main serrant le sabre, l'autre sa jambe, elle s'avanca vers Hymarios.

    {Bon, de toute evidence on va pas pouvoir aller bien loin ... Je connais le chemin mais je ne peux pas l'emprunter ... et toi ... Bref, tu vois l'arbre la? Bon ben on grimpe.}


    L
    a logique là dedans? A défaut de fuir, on pouvait toujours se planquer. L'arbre désigné par la Civile était un aulne généreusement équipé en feuillage. Une bien belle cachette dans les airs, loin des vases et de la boue. Et surtout la seule. Comment pouvaient y grimper les deux estropiees? Les troncs pourris de part et d'autre de l'arbre permettait d'atteindre les premières branches et enfin de s'y hisser. L'acte en lui-meme fut pénible pour les corps abîmés des deux demoiselles, mais qu'est-ce que la souffrance lorsque l'on veut vivre?

    Chizu ne dessera pas les dents, aucune larme ne vint mouiller ses yeux bleus. Elle se contentait de foudroyer le vide et de faire craquer ses phalanges. Une fois la douloureuse grimpette effectuée, elles réussirent tant bien que de mal à trouver un perchoir à peu près confortable. Puis ce fut le silence. Chacune gardait les lèvres closes, ruminant de sombres pensées, les chairs à vif. Chizu s'en voulait encore de ne pas avoir fait plus attention, digerant sa rage envers elle-meme en rongeant ses ongles. Elle ne savait si elle devait avoir honte, culpabiliser ou simplement se consumer d'haine ... Toujours est-il qu'elle avait la sensation de brûler, que les flammes dévoraient son corps et se nourrissaient de ses entrailles ... La fièvre peut être. Sûrement même, et bien accompagnée tant qu'à faire. Lentement mais assurément, la migraine avait pris possession du crâne de la jeune fille, s'infiltrant dans son cerveau et martelant sa boîte crânienne. Chizu grinça des dents ... Et puis éclata, écrasant son poing contre l'écorce, écorchant ses jointures dans les fibres végétales ... Dans un souffle rageur :

    {Bordel ... Quelle conne ... Voilà où j'en suis ... La gloire intégrale ... Me voilà coincée dans un arbre, plus faible d'un oisillon qui ne sait pas encore voler ... Mais comment j'me suis mise dans cette galère ?! }


    Q
    uestion purement rhétorique ... Elle le savait parfaitement ... Mais ne l'avouerait jamais, préférant se noyer dans les flots du déni. Enfin, si elle savait au fond d'elle même, tout au fond certes mais elle le savait, sortir de cette galère, voilà qui était plus problématique ... Et pour le moment, tout ce qu'elles pouvaient faire, c'était attendre. Attendre.

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MessageSujet: Re: Un bon coup de fouet ... ⎨Hymarios⎬   Jeu 12 Jan - 22:26

Quelle situation désastreuse, il ne pouvait rien y avoir de pire en l’état, deux blessées, les sbires qui font le tour de la forêt, et Dieu seul sait quoi encore. L’endroit était avec le mérite d’être un minimum confortable, mais cela ne résolvait pas leur problème présent, repartir en sécurité, et le tout, sans perdre l’autre. Une chose était cependant bien claire, inutile d’espérer une lueur d’espoir de la part des rebelles, ils n’étaient pas du genre à envoyer des troupes quand il manquait l’un des leurs, enfin, normalement si, mais nous parlions d’Hymarios, et elle avait ce don de n’être appréciée que d’une poignée de personne, pour ne pas dire de deux ou trois fous ou folles furieuses. Soupirant doucement, cette fois-ci, c’était bel et bien Chizu qui exaspérait Hymarios, elle soupira deux ou trois fois quand elle fut coupée dans ses réflexions, avant de laisser tomber, et déposer les coudes sur les genoux, à la laisser se flanquer un coup de poing contre l’arbre. L’expression avait changé, et il n’y avait plus de jeune femme féline quelque peu lourdingue, mais un stratège qui n’arrivait pas au bout de son idée. La chaleur, ou sans doute la fièvre, n’aidait en rien.

Impossible de savoir si elles allaient s’en sortir, et cela ennuyait bien l’une et l’autre. Bien sûr, qui voudrait mourir dans un tel endroit. Pourtant Hymarios avait reconnu cet homme, celui qui la traque depuis quelques temps, afin d’avoir sa clef. Mais non, elle n’était pas du genre à se laisser faire, même malade elle trouverait la force de s’en sortir. Loin d’être altruiste, son côté peste reviendrai bien tôt ou tard. Elle était adulte bien que son corps dise le contraire haut et fort. Baissant lentement la tête, voyant de temps à autre une silhouette faisant penser aux sbires, elle retint sa respiration quand le bruit des bottes dans la boue se fit plus audible, passant la main moite sur les lèvres sèches de la jeune femme. Se servant lentement de sa main de libre pour lui montrer les diverses ombres, elle murmura.

-Soit une gentille fille. Ferme-la.

Le ton avait changé n’admettant aucune réplique, elle s’accroupit sur la branche, tentant de voir si elle ne pouvait pas trouver un peu de quoi soulager la blessure de son alliée de fortune. N’avaient-ils aucun médecin dans leur patrouille ? Impossible, et ce dernier devait avoir assez pour soigner deux personnes. Ce n’était qu’une théorie, mais à force de les combattre, elle avait remarqué cette similitude avec les convois armés de la Terre, des hommes en arme, un ou des démineurs, des artilleurs, et les arrières, avec les médecins, parfois des éclaireurs. Un véritable arsenal, certes, mais qui n’avait rien à voir avec une simple mission de reconnaissance. Pourquoi Jim voulait tant la voir, et surtout jusqu’où irait-il pour cela. Se tenant la gorge, en essayant de faire le point sur sa propre vision, elle cherchait encore un peu, esquissant un petit sourire en coin, qui s’élargissait en un cruel rictus.

-Maintenant tu vas rester là.. Je reviens avec de quoi nous aider. Et si tu bouges, gare à toi.

Elle se laissa tomber en arrière, les genoux coincés avec la branche, elle attendit qu’un des soldats passe sous elle, le choppant et lui brisant la nuque le plus simplement possible, elle n’avait pas assez de force pour le soulever, alors elle le laissa tomber lentement sans faire non plus un boucan d’enfer. Cette façon froide de tuer les gens alors qu’elle-même était plus proche du décés que de la grande et belle vie pouvait laisser perplexe. Elle ne vivait réellement que pour se battre ? Impossible encore une fois de le dire, et ce n’était pas Chizu qui allait pouvoir comprendre, du moins, dans la mentalité d’Hymarios. Une fois au sol, elle posa le genou par terre, et fouilla l’homme, non, il n’y avait rien, pas même une dose de médicaments pour des envoyés dans les marécages, c’était une véritable imprudence, mais elle pouvait parler. Soudain un bruit de branche qui craque dans son dos, elle fit un geste et brisa le silence en fauchant l’air de son pied, haletante, un œil clos, elle voyait double, et bien sûr, elle n’avait pas touché sa cible.

-C’est comme ça que tu te bats, chienne ?
-Je ne suis pas un chien, mais un chat connard..
Il avait changé d’expression, elle s’était collé à lui, regardant toujours droite devant elle, la main plaquée à son estomac, sans pourtant en sourire ou autre il n’arrivait plus à bouger ou à articuler quoi que ce soit, elle remarqua le symbole sur le brassard, elle avait trouvé ce qu’elle voulait, les yeux clos, glissant sa langue sur ses propres lèvres, elle le repoussa d’un coup de genou, la lame qui était à son poignet, glissa aussi facilement qu’un fil dans le beurre mou, la chair était si tendre en cette époque de l’année, la tête basse, elle récupéra au vol la besace contenant les médicaments, tous en poudre pour la plupart, plus facile à transporter. Les échanges entre l’OtherWorld et la Terre avait du bon parfois, mais cette pensée glaça le sang de la féline, échappant un petit soupir, elle laissa le corps se vider de son sang, les mains tendues, ne pouvant dire un mot en plus, elle fit un geste, tel un faucheur, arrachant dans une ligne rouge et sanguine la gorge de son adversaire. Les cordes vocales brisées, cisaillées, il ne pouvait crier à l’aide. Elle le laissa agoniser, une étrange lueur dans le regard. Aucunement du plaisir, ou de la peine, non, le vide, purement et simplement, comme si cela n’avait aucune valeur de le voir perdre la vie. S’accroupissant, elle récupéra les clefs, et cacha les corps, avant de repartir vers Chizu.

Elle n’avait pas été vue, et avait rétracté sa lame le sang coulant dans son vêtement, et non sur le sol, cette sensation de souillure était depuis bien longtemps dépassée, un bain de sang ne suffirait plus à la faire cligner des yeux. Elle grimpa difficilement à l’arbre, l’ayant reconnu sans trop de peine, haletante bien plus fortement, elle vacilla un peu manquant de tomber, mais repoussant d’un geste du revers de la main celle de la jeune femme, elle croisa un regard des plus meurtriers, non, ce n’était définitivement plus la même Hymarios, elle déposa le contenant sur la branche, fouillant un peu, la sueur constellait son front et ses joues, la rendant peu à peu complétement dans sa bulle, elle n’entendait plus Chizu, cela n’avait plus vraiment d’importance, elle trouva de quoi couper la sensation de fiévre, et la tendis à la jeune femme, sans la regarder plus.

-Avale cela, la fièvre baissera rapidement. Je préviens c’est écœurant.

Restait à savoir pourquoi cela l’était. Le goût d’orange n’y était pour rien, mais de savoir que des gens sont morts pour cela laissait un sentiment partagé à la jeune femme. Une raison comme une autre de se dire qu’une mort pouvait servir, détournant encore un peu la tête, les autres sbires cherchaient leurs semblables, mais bien rapidement la recherche laissa place à un fait nouveau. Elle entendit sa voix, bien qu’elle était en train d’ouvrir le sachet qui contenait sa propre délivrance, du moins, une délivrance temporaire, tant que la blessure serait présente. Celle de cet homme était bien plus terrifiant qu’autre chose, ses iris se rétractèrent, comme dans une transe sans nom. Nul doute que le coup de feu qui l’atteignit fut de sa part, il était calculateur, froid, et incisif, elle le savait, c’était un adversaire de taille, si l’on excepte les autres membres terribles de la famille Reaper.

Une lutte mortelle, et un tremblement sans réelle signification, quand elle eut fini d’ingérer cette pénible poudre sans eau pour la faire mieux passer, autre que sa salive, avec l’envie de vomir, comme si c’était des cendres d’anciens cadavres. Et pourtant cela pouvait sauver des vies, tout en ayant tué d’autres pour l’obtenir. Tout un cas d’école, et un poids sur la conscience. Les poings serrés, la mâchoire quasiment dans le même état, un petit filet de sang coula le long du menton, en entendant les ordres.

-On ne retrouve pas les deux matricules, Monsieur.
-Ce n’est rien. Comptabilisez-les comme perte de guerre.
-Et si on ne les trouve pas ?

Secouant la tête doucement il regarda par-dessus l’épaule, il savait pertinemment qu’il allait s’en prendre et plus qu’une simple réprimande, une balle, ou une belle torture, mais qu’importe, il devait retrouver si pas les deux femmes, au moins, les deux disparus, exposer un plan, et donner des pistes, mais dans un tel brouillard, il était impossible de s’en sortir, il était devenu plus dense encore qu’il y a quelques minutes. Fronçant les sourcils, il leva la main afin de rassembler ses troupes les plus proches, et soupirant tel un condamné devant la corde, il baissa celle-ci pour sonner la retraire, la mort dans l’âme et dans le regard. Expulsant lentement l’air, en entendant le flot de bottes de cuir s’éloigner, Hymarios se laissa tomber, allongée sur l’énorme branche qui avait un destin peu commun de servir de refuge. L’avant bras sur les yeux, la sueur coulant encore, comme dans une fournaise, le cœur se débattant plus que de raison, le médicament faisait chez elle un effet certes prévisible, compte tenu de son infection, mais assez impressionnant. Elle n’attendait aucun remerciement de la civil, ce genre de personne n’est pas du style agréable ou redevable.

-Je suis une idiote…
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Chizu Jisatsu



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MessageSujet: Re: Un bon coup de fouet ... ⎨Hymarios⎬   Mer 25 Jan - 13:53

    Une voix des plus froides coupa net aux lamentations de la jeune civile.

    {Sois une gentille fille. Ferme-la.}

    C
    hizu ouvrit de grands yeux surpris … Que … QUOI ?! Nan mais c’était du foutage de gueule ?! Si Hymarios n’avait pas eut de tels yeux, si ce regard n’avait pas accompagné l’injonction, la demoiselle lui aurait sans nul doute collé une droite et lui aurait éclaté les tympans à grands coups de remontrances. Mais voilà, la vie n’est pas un long fleuve tranquille, la Rebelle avait des pupilles qui réduisaient au silence, aussi Chizu ravala-t-elle sa haine … Mais ses tempes la brûlaient … Quelle garce cette fille … L’hypocrisie ou la bêtise incarnée ? Le débat était ouvert et les poings de la civile bien fermés. Et n’avaient aucunement l’intention de se rouvrir d’ici un moment pour tendre la main, ça non. « Sois une gentille fille. Ferme la » … Nan mais pour qui se prenait-elle ? Sa mère ? Mauvaise pioche cocotte, surtout quand l’on a le physique d’une ado de 16 ans à tout casser … D’autant plus quand le rôle de la gentille gamine est décernée à Chizu, pas bien plus mature dans son corps, mais certainement pas la meilleure représentante de l’enfance et de la gentillesse qui y est associée. L’insulte (oui, insulte, parfaitement) était d’autant plus grande que la pie qui bavassait il n’y a pas un quart d’heure, c’était bel et bien la Rebelle ! Et oui, Hymarios elle-même. Et voilà qu’elle réclamait du silence ? Le monde à l’envers …

    Les joues rouges de colère et les sourcils froncés, la Civile fixait intensément l’écorchée avec laquelle elle partageait une branche … Elle la regardait se frotter la gorge en grimaçant, l’imaginant petite perdrix recevant la balle du chasseur en pleine tête. Elle se sentit mieux … Hymarios n’eut qu’à ouvrir la bouche pour briser la magie.

    {Maintenant tu vas rester là... Je reviens avec de quoi nous aider. Et si tu bouges, gare à toi.}

    Cette fois-ci Chizu n’y tint pas, elle leva l’index face à la Rebelle et l’enjoignant d’aller se faire mettre. Je ne vous retranscrirais pas les termes exacts, mais je peux vous assurer que le message était explicite. Après, je ne saurais dire si Hymarios eut le temps d’y comprendre goutte : la jeune fille s’était laissée tomber en arrière, restant assise sur sa branche, le buste pendu dans le vide. Ce qu’elle fit en bas, Chizu ne s’y intéressa pas, aussi nous n’en saurons rien. Non, notre chère protagoniste était bien trop occupée à ruminer non plus sa frustration après tant d’erreurs, mais sa rage à l’égard de la Rebelle.

    Elle reconnaissait bien là l’égocentrisme et le sentiment de supériorité propre aux membres de la rébellion, persuadés de faire le bien sur Other World, désignés de plein droit pour donner les ordres nécessaires. « Je suis ton héros donc j’ai raison, je te sauve la vie donc tais toi et obéis. » Une nouvelle ère pour la dictature … Combien d’idéalistes avaient ainsi sombré du côté obscur ? Le pouvoir est si jouissif, tous le désirent, veulent se l’approprier … Rien ne résiste au plaisir du commandement. Aucun principe, aucune valeur. C’est triste, mais c’est comme ça.

    Pour cette raison, Chizu se méfiaient aussi bien des Sbires que des Rebelles … Au final, les deux se valaient … Aux yeux de la demoiselle, une seule loi valait le coup. Chacun pour soi. Et ça suffisait. Elle l’avait vérifié souvent, cette fois-ci encore d’ailleurs … Il suffisait qu’elle se détourne de cette voie ultime pour que le monde se mette à dérailler. Mais quelque part, elle ne pouvait s’en empêcher. C’était viscéral … Bien qu’ils soient eux aussi nuisibles, les Rebelles étaient pourtant préférables aux Sbires … De ce fait, elle pouvait aider les premiers, et non les seconds. Aider, action qui n’entrait pas dans son grand principe … Mais pourtant … Elle ne pouvait s’en empêcher … Ah la sale manie … Ah la vilaine conscience …

    Le poing de Chizu s’écrasa contre sa bouche. Son genou la lançait tant … La fièvre montait, ses pensées devenaient confuses. Les yeux clos, elle voyait les images défiler derrière ses paupières.

    Hymarios … Des yeux de chats … Le sang qui giclait … Des corps enfoncés dans la vase … Le visage inquiet d’un Rebelle aux yeux clairs et à la chevelure brune …

    {N’en fais pas trop p’tite Chizu … }
    {Mêle toi de ton cul Jake … }


    Voilà que le passé se mêlait au présent, les souvenirs à ses visions. Tout son corps tremblait. Elle n’entendait pas au sol le combat qui se déroulait, elle se sentait trop mal. Elle sombrait … Elle se roula en boule, dans la limite du possible compte tenu du fait qu’elle était assise sur une branche, ce qui ne facilite pas la position fœtale. Lorsque Chizu rouvrit les yeux, elle croisa le regard de la Rebelle rentrée de son escapade.

    {Dégage … }

    Elle ne voulait voir personne … La douleur était si forte qu’elle faisait remonter la misanthropie profonde de la jeune fille, brouillait son cerveau … Elle ne pensait même plus au fait qu’elle avait un trou dans la jambe, qu’elle était perchée à plusieurs mètres de hauteur, qu’elle était dans un merdier sans nom … Les connexions ne se faisaient plus là haut. Elle avait si mal, qu’elle n’était plus qu’une jeune fille de 19 ans qui souffrait. Rien de plus. Quels instants auparavant, elle était tout pimpante, du moins autant qu’il lui était possible de l’être, et elle était tombée sur une charogne. A présent, elle était beaucoup plus charogne que le chat pelé qu’elle avait trouvé. Dans la série, rebondissements en folie et retournement de situation magistral …
    A ses côtés, Hymarios déposa une espèce de sacoche et une fois bien à califourchon sur son perchoir, elle entreprit de la vider, en extirpant des comprimés d’un blanc laiteux.

    {Avale cela, la fièvre baissera rapidement. Je préviens c’est écœurant.}

    Chizu ne répondit pas, attrapant mollement les médicaments que lui tendait la Rebelle pour les porter à sa bouche, sans prendre en compte les préventions. Il s’avéra que la demoiselle aux yeux de chat avait parfaitement raison : c’était tout simplement écœurant. Il semblait à la jeune fille que son organisme entier rejetait la petite capsule blanche qui avait osé s’infiltrer entre ses lèvres et descendre dans son œsophage. Son cœur et son diaphragme se soulevèrent de concert, une grimace de répulsion s’imprima sur son visage. Mais elle avala. Tant d’amertume … Chizu ne voulait même pas savoir comme Hymarios s’était procuré ces comprimés, mais cela avait fortement déteint sur eux. Quel gout infâme … Pour si peu de réconfort.
    C ertes, la transpiration quitta momentanément ses tempes, mais la douleur elle-même était toujours aussi forte, nouée à ses os, à ses tripes. Mettant à vifs ses chaires. La souffrance était telle, la Civile replongea dans son délire. Elle n’était plus aussi chaude, mais son esprit fatigué se laissait emporter. Le monde qui l’entourait disparaît dans la brume, le brouillard des Marais. Le brouillard, son compagnon … Chizu se laissa aller dans ses bras.

    Pendant ce temps, la Rebelle avait de quoi s’inquiéter, les Sbires grouillaient sur la terre ferme, infâmes fourmis, ouvriers de mort … Mais laissons cette réalité, dénigrons ces actions trop concrètes … Allons voir dans quels délires notre petite demoiselle aux boucles blondes s’était perdue.

    La brume s’était faite demoiselle, prenant l’image d’une belle femme veloutée, vaporisée. Ses cheveux étaient des filaments de fumée, tels que ceux qui s’échappent des bâtons d’encens. Ses bras étaient comme drapés de voiles d’un tissu des plus fins, comme tissé de nuages. Son visage d’ange souriait à Chizu alors que les mains blanches caressaient ses joues sales. Doucement, la femme perdit en opacité … devenant peu à peu transparente ... La belle dame devint spectre glacial et son visage prit les traits de sa mère … La jeune fille tenta de se dégager de cette étreinte froide, mais le fantôme la serrait de plus en plus fort contre elle, l’étouffant … Elle ne pouvait même pas crier …

    Lorsqu’une forme traversa le spectre et les vapeurs s’évanouirent, libérant Chizu. L’objet de sa délivrance avait sauté droit dans ses bras, elle le regarda, croisa le regard doré d’un chat. L’animal la regardait intensément … Ces yeux … Elle ne savait s’ils lui voulaient du bien et du mal … Le félin échappa à ses mains, approchant son museau du genou meurtri de la Civile … Il entrouvît la bouche, langue et crocs apparents … Allait-il lécher la plaie ? Ou la morde sauvagement ? Elle voulut le chasser, mais avant d’avoir pu esquisser un seul geste, l‘animal s’était évanoui, disparaissant tel le Chat du Cheshire …

    Chizu se leva. Elle avait oublié sa jambe. Elle ne sentait plus son corps à partir de la ceinture à présent … La pâle blancheur de la brume était elle aussi partie, la laissant plongée dans le noir d’une abysse inconnue. Au loin, des paroles raisonnèrent.

    {Je suis une idiote… Je suis une idiote… Je suis une idiote… Je suis une idiote… Je suis une idiote… }

    La voix se faisait de plus en forte, tambourinant et martelant la cervelle de la jeune fille qui prit sa tête entre ses mains, toujours incapable d’émettre le moindre son. Cette fichue voix … Elle pouvait pas se taire ? Du silence … Chizu voulait du silence … Elle se laissa tomber, ou du moins eut cette sensation de perte d'équilibre, cette impression de sombrer dans ce coton noir, chaud, presque doux. Le bruit s'éloignait. C'etait à la fois lent, mais pourtant très rapide.

    Et particulièrement violent lorsqu'une main glacée rattrapa Chizu, la ramenant dans la réalité, mais surtout l'empêchant de tomber. La blondinette papillonna deux trois fois des paupières avant de réaliser que dans son malaise elle avait doucement glisse de sa branche pour manquer de s'écraser comme une poire trop mûre ... juste manquer puisque que Super Rebelle, active 24h/24, 7 jours sur 7, avait in extremis attrape le bras de la civile. La tète en bas, une jambe appuyée sur le tronc, la demoiselle aux boucles blondes venait d'éviter une jolie gamelle.

    {Bordel, mais qu'est-ce que tu fous?!}

    Chizu ne répondit pas aux chuchotements de la rebelle ... car elle qui avait la tête en bas, malgré l'épais brouillard qui voilait le coin, la civile percevait encore des sons plutôt inquiétants ... une discussion entre hommes ... vraisemblablement des sbires ... et leurs voix étaient si proches! Ca ne réservait rien de bon. A en croire ses oreilles, ils se trouvaient juste sous leur cachette ... Et approchaient de l’endroit situé pile poile sous la tête du petit cochon pendu. La civile se maudit d’avoir gardé si longue chevelure … S’ils venaient à passer sous elle, ils risquaient de se prendre dans ses boucles … Et alors, même le plus dense ne pourrait plus les cacher, elle et la Rebelle.

    Lentement, Chizu tendit sa main libre en arrière afin qu’Hymarios l’attrape, le but de la manœuvre étant de remonter illico presto la civile, et si possible dans le silence et la discrétion qui s’imposaient. A présent Chizu pouvait même respirer la fumée d’une cigarette … Elle pria pour que malgré la brume la Rebelle voit sa main, et surtout la prenne … Sinon …

    {Que voulez vous que je vous dise ? Si on ne les retrouve pas, vous recevrez une balle de plomb dans la tempe, rien de plus … }

    Les Sbires approchaient, la civile profitait pleinement de leur discussion. Elle pouvait même entendre l’un des hommes tirer sur sa cigarette et expirer la fumée, fumée qui vint lui chatouiller les narines … Elle retint sa respiration et serra les dents, oubliant sa douleur tant le stress était grand. Oui, elle était morte de peur. C’était d’ailleurs parce qu’elle était terrifiée qu’elle espérait de toutes ses forces, et gardait le bras tendu malgré la crampe qui la gagnait …

    *Allez Hyma, choppe ce bras bordel … c’toi la rebelle qui sauve tout le monde, dépêche …*

    Et comme de par magie, la main de Chizu rencontra celle de la jeune femme qui la tira vers le haut. Sauvées ! Ou presque. Alors qu’elle se redressait, le pied de la civile qui était vissé sur le tronc bougea doucement, l’écorce grinça, dans un petit couinement plaintif.

    {Vous avez entendu ? }
    {Quoi ?}

    Hymarios et Chizu s’étaient faites statues de sel d’un accord tacite. La poitrine de la civile se soulevait doucement alors que son cœur battait la chamade, elle sentait ses paumes devenir moites et serra un peu plus fort les mains d’Hymarios. C’était pas le moment de lâcher prise …



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MessageSujet: Re: Un bon coup de fouet ... ⎨Hymarios⎬   Mer 1 Fév - 21:01

La difficulté est un atout, la haine est le moteur, et toi, le vaisseau, conduisant à la vengeance, quand tu as ta cible dans le viseur, profite de ce moment pour te poser la bonne question. Est-il conscient que sa vie va s’achever ? Que penserait-il de toi, s’il savait, à cet instant précis, que tu es plus fort que son dieu quel qu’il soit. Ravale alors lentement ta salive, dépose ton index lestement sur la gâchette, ferme les yeux, expulse le trop plein d’air dans tes poumons. Laisse les divinités pardonner ton geste, toi, tu as fait ce que tu voulais. Vérifie une dernière fois. Tire.

Ne laisse personne te dominer, quelle que soit la raison. En amour, reste au-dessus. En combat, frappe la première. Et si l’on frappe avant toi, ne laisse aucun survivant. Tu es, et resteras toujours la guerrière, celle qui sera la survivante pour un monde nouveau, celui que nous vivons, sans queue ni tête aboutira, et tu seras le fer de lance, toi qui n’es qu’un pion aux yeux de tous. Reine des glaces éternelles, le regard d’acier, et le cœur emmuré, sans âme, fait ce que l’on te demande. L’Enfer doit se déchainer sur les plaines arides.

Les paroles les plus solennelles ne pouvaient pas arranger la situation. Entre des élans de courage idiots, et de sombres révélations sur l’existence, une chose était plus claire que les autres, Chizu ne semblaient pas prête à coopérer, dans un sens cela pouvait se comprendre sans peine, et dans un autre la rebelle pesta contre son propre caractère à la noix, n’aidant en rien à se faire des alliés. Mais quelque chose, en son for intérieur lui dictait que de toute façon, sa partenaire d’infortune n’aurait pas souri à l’idée de faire équipe avec elle, même momentanément, et sous la contrainte.

Alors qu’il fallait être d’une discrétion toute relative, ne pas exister, être plus silencieuse qu’une brindille, fichue brindille d’ailleurs, la civile était en train de tomber. Alors qu’elle avait elle-même la vision pas très nette, elle tendit brutalement la main, se blessant au passage à un bout qui dépassait du tronc, un œil clos, elle répondit d’instinct l’envie de crier était trop forte, mais seul un murmure franchit la barrière de ses lèvres, pour Chizu, la fièvre des marais était à son point culminant. Le discours qui était quelque mètre plus bas pas plus rassurant, et le piège à loup, aux belles dents d’acier, se refermait avec une précision chirurgicale. Dans la précipitation, impossible de savoir comment se finirait ce suspens, et pour être clair, Hymarios arrivait au bout de ses forces.

Bien faire n’allait pas, mal faire non plus, certaines personnes ne supportaient pas ce que font les rebelles, mais Hymarios était différente. Elle se fichait pas mal du reste, ayant cloîtré son cœur, et enfermé à double tour depuis quelques années maintenant. Un œil clos, combattant sa propre douleur, elle réussit finalement à saisir le bras de Chizu, expulsant brutalement l’air, dans un mouvement inaudible, celui de la civile par contre n’avait absolument rien de discret, et l’agonie boisée se fit bien entendre. Bien évidemment, ils n’étaient pas idiots, les prendre comme tel était vraiment les sous-estimer. Et bien qu’elle en laisse cette impression, Hymarios n’en était pas moins sur ses gardes. Tirant alors un peu plus fortement Chizu, elle tenta de réfléchir à une solution, une façon de s’en sortir toutes les deux.

Qu’importe le temps et la distance qu’il restait, ils allaient être tous à leurs trousses, et n’étant pas dans un lieu propice, il fallait s’y mettre avec plus d’ardeur.Ce bruit était aisé à analyser, et le seul arbre pouvant servir de cachette bien à vue. Sortant doucement sa lame d’assassin, une douleur lui fusilla le bras, le sang coulait toujours au goutte à goutte. Esquissant un faible sourire, les yeux couverts par les mèches sales, elle se redressa avant de tirer par le col la civile, lui faisant parcourir un peu de la branche sur les fesses. Qu’elle la gifle, l’engueule, et dieu seul sait quoi d’autre, elle n’avait plus rien à en faire, fonctionnant sur la batterie de secours de sa raison. As-tu peur lui soufflait sa conscience, et d’un mouvement réel du revers de la main sur l’épaule, balayant l’esprit de raison, elle regardait un point fixe. Tous les tuer, une vraie folie, et surtout, comment cela allait se finir ?

L’un d’entre eux, le plus courageux, peut-être le plus fou, se mit en tête de monter à l’arbre, approchant alors qu’il faisait encore dos à la scène des deux pitoyables cibles, une lame se mit entre l’écorce et sa gorge, déposant le nez contre sa tempe humidifiée par la sueur, un petit sourire fou aux lèvres, Hymarios le tirant doucement en arrière. Avec un tel brouillard, difficile de faire la part des choses, mais le dernier visage que le sbire verrait, serait celui d’un sourire d’une étrange douceur, presque une candeur. Passant la main sur son ventre, effleurant la peau, ce dernier, surtout basé sur les instincts primaire ne comprit pas que c’était uniquement pour sauver l’uniforme d’un trou trop voyant. Un déclic, une main sur les lèvres, et une lame traversant l’épiderme, fouillant la chair et les entrailles, les déversant dans le vêtement. Accompagnant son mouvement, lâchant doucement son étreinte, elle tira rapidement sur les vêtements, lui ôtant, ne trouvant pas le moyen d’enlever les siens, de toute façon bien trop fine pour que ce soit probant sans l’aide incongrue de son habillement de base.

-Alors, tu trouves ? T’en met un temps, tu veux une façon de t’aider, j’vais t’y aider !

Un coup de feu résonna, et percuta la branche qui menaçait de perdre son équilibre, pour mieux les faire tomber tous les trois, mais en l’occasion, cela tenait. Prenant Chizu par le col, lui évitant une chute plus grave encore, elle déposait les mains sur ses joues, fixant son regard, tout en mettant le couvre-chef, dans le brouillard ambiant, cela faisait encore un peu illusion, mais il n’y avait pas deux possibilités, l’une des deux devait faire le garde, la seconde le prisonnier, et bien que cela ne plaise sans doute ni à l’une, ni la seconde, le choix s’était imposé. Déposant alors Chizu contre l’arbre, la faisant juste tomber les quelques derniers centimètres afin d’y faire également illusion, le cœur battant trop fortement, la visière couvrait même son regard, le col trop haut, couvrant sa voix et ses traits féminins. La taille, fort heureusement correspondait plus ou moins, les manches trops longues servaient de planque idéale pour les armes.

-Et la deuxième ? Elle était où ?
-Envolée, s’efforça-t-elle dans une voix faussement rauque. Elle l’a lâché.

Le supérieur haussa un sourcil dans l’esprit dubitatif, il allait ajouter quelque chose quand l’un de leurs éclaireurs revint en trombe, haletant, les mains sur les genoux, ils étaient appelés plus loin, dans la caserne qui leur servait de lieu de rassemblement. Tiquant à cette nouvelle, Hymarios tentait de ne pas vomir de son état d’épuisement et porter sur elle l’attention, elle devait être naturelle, aussi, quand elle poussa Chizu pour qu’elle avance, elle avait fait en sorte de murmurer à son oreille les ordres de lui faire confiance. Mais elle semblait aussi supplier que tout se passe sans heurt. Relativement mal placées pour réussir au forcing, il fallait y aller à la ruse. Marchant au pas, tenant les poignets de sa prisonnière, la féline ravala difficilement sa salive, comme des épingles qui descendaient le long de son œsophage.

Elle n’avait jamais fait cela, et elle pensait que ses heures d’observation des sbires pouvait suffire. Elle n’était pas dupe, elle la première, sans le brouillard l’idée aurait été un fiasco, il fallait alors trouver une porte de sortie, profiter de la confusion. Mais pour cela il fallait un leurre, et encore une fois, un tour de vis, et les crocs de métal rouillé reprirent leur course sinistre vers la jambe de la rebelle. A force d’y réfléchir, elle finissait par s’embrouiller, et ne plus rien faire, expulsant l’air dans ses poumons, elle prit un peu de recul, avec Chizu, délicatement sans éveiller les soupçons. Combien de temps restait-il avant que le Maître Brouillard ne s’échappe avec cruauté pour les livrer à leur agonie prochaine. Passant le bout de sa propre langue sur ses lèvres séches, elle esquissa un petit sourire

La plus terrible des leçons de vie est d’être confronté à ce qu’on ne sait jamais faire, que cela l’emporte, cela lui était égal, mais que cela fasse des victimes collatérales, bien qu’elle s’en défende, cela ennuyait profondément la femme chat. Tirant sur le col de la civile, espérant qu’elle ne dise rien, et qu’elle se laisse effectivement faire, ce n’était pas un problème de crédulité, mais ainsi, c’était aussi une idée, la plus simple et équivoque qui existe, elle braqua son arme vers un endroit complétement brouillé à leur vue. Un sursaut, puis une idée traversa son esprit torturé.

-Chef, j’ai vu quelque chose bouger là-bas. Demande autorisation d’aller vérifier.
-Ouais, et puis, on a déjà perdu deux hommes, tu tiens à mourir prématurément ? Bien, vas-y, mais n’espére aucune médaille pour cet acte. Ce n’est que…
-Demande autorisation d’utiliser la civile pour faire bouclier.
-Hey, mais c’est qu’on commence à devenir intelligent par ici… Tu veux pas piquer ma place toi ?

Hymarios secoua la main, pour simple réponse, froidement, elle avait donné un coup de talon dans le pied de la civile, la Pauvre Chizu qui avait sans doute déjà assez mal comme ça n’avait pas demandé un rab d’ennuis. Mais il fallait suivre la logique de la féline, la tirant puis la poussant vers le brouillard le plus épais, elle la fit tomber au sol, s’accroupissant, la lame sous la gorge, elle esquissa un faible sourire, mais rien de personnel dans cette histoire, elle murmura.

-Quand je te le dirais. On file vers une planque dans le brouillard. J’ai pas envie qu’on crève ici.

Ne l’aidant pas pour se relever, Hymarios fixa droit devant elle, plissant le regard sans hausser la visière, le cœur battant trop vite, la gorge battait, sentant les pulsations les plus fortes depuis un moment, elle passa le bras autour de la gorge de Chizu, dans une posture défensive, propre à celle des Sbires en de telles occasions, l’ayant vu trop souvent pour ne pas s’en rappeler, puis elles avancèrent. Soudain, alors qu’elles allaient disparaître de la vue de leurs ennemis, leur gradé l’interpella.

-Hey ! Tu sais quelle est notre devise, chez les sbires ?
-Semper fidelis… ?

Totalement au hasard, elle se rappela que c’était surtout les Marines américains qui disaient ce genre de phrase, se mordant la lèvre inférieure avec ses canines, ce n’était bien évidemment pas la réponse, mais dite dans un froid irrémédiable, les autres en conclurent surtout que faire chier ce trouffion n’était pas une bonne idée. Elles s’éloignèrent encore, alors que non loin, un autre bruit se fit entendre. Ce n’était ni plus ni moins que la branche qui soutenait le corps, et le poids mort, fatalement plus lourd, du sbire tué fraichement et en caleçon s’il vous plait. Quand le gros du groupe se scinda à nouveau pour aller vérifier, Hymarios ravala sa salive, et murmura à Chizu.

-Et maintenant on ne traine pas, on va à la planque. Tu auras tout le temps de m’engueuler après.

Elle ôta doucement la casquette qui l’étouffait, et ôtant également les vêtements à une vitesse assez démentielle, comme s’ils prenaient feu, comme si la peste allait la contaminer, et jetant le tout au sol, elle partit en suivant les pas de la civile, décidément ballotée dans tous les sens. L’esprit échauffé, et ayant juste l’envie de se reposer, la féline avait le sourire machiavélique. On entendait assez difficilement et surtout par un effet d’écho la macabre découverte, sans oublier la surprise de l’uniforme vide. Se tenant l’avant-bras endolori par l’écorce meurtrière, la hâte toute naturelle de trouver un toit, et le moins de danger possible, haletante tout de même, encore surprise de la réussite d’un plan des plus risqués. Elle resta cependant humble, sans rajouter quoi que ce soit, mais gardant Chizu de tout mal, prête à dégainer une arme si le besoin venait à s’en ressentir. Le chemin allait encore être long ? Et le brouillard, si rebelle en soi. Tantôt aide, et tantôt cruel, un véritable chat de Cheshire se pointant de tout son long pour leur faire perdre leurs repères.

La vision embrumée comme du coton, elle se souvenait de ses entrainements, de ses infiltrations forcées dans la cité souterraine, un véritable parcours du combattant et des tests les plus à l’arrachée, sans oublier le regard des autres, entre admiration et mépris le plus complet, personne ne pouvait la comprendre et elle ne faisait véritablement aucun effort, pliant les missions les unes après les autres, pour son propre compte, parfois extrapolant pour une raison qui lui est un secret. Un test permettait de savoir certaines résistances, notamment à la détention en prison. Mais encore une fois, tant qu’elle ne l’avait pas vécu, tout n’était qu’un entrainement. On lui avait dit d’être prudente, et bien qu’elle fasse l’idiote assez souvent, repoussant tout effet d’annonce ou même d’accepter les conseils, elle écoutait tout. Sauf ce jour-là, où, poussée par la haine, elle fit une faute qui mena, deux femmes, pratiquement sur l’échafaud.

-Je sais qu’il est trop tard, mais je voudrais m’excuser.

Elle s’attendait à une réponse explosive, du genre, Chizu qui se retourne, pour mieux lui crier dessus, ou simplement du mépris, encore une fois, de la haine, ou simplement du foutage de gueule, pourquoi pas, dans ce jargon, et ses idées noires Hymarios pouvait aller loin, imaginant même un décor de feu tel un enfer portatif qui ne s’allume que lorsque la fille s’énerve, dans ses yeux la mort, et dans les mains la faux de la mort, pour mieux lui briser la nuque avec le sourire cruel et froid des psychopathes, bien que cela ne lui faisait pas vraiment peur, cette vision, sans doute due à la fatigue, était bien en deçà de ce qu’elle pensait réellement. Parce qu’après tout, il n’y a rien de pire que l’indifférence.

-Pour le moment on est sorties d’affaire, mais il faut se cacher dans un endroit bien plus protégé.

La belle blague, ça tout le monde aurait pu le dire. Croisant les bras, se frottant les épaules elle tremblait de froid, se retenant d’éternuer de même qu’elle aurait sorti un énorme panneau avec un « Venez nous chercher ici » écrit dessus, tant elle était discrète dans ces instants de solitude que tout le monde pouvait avoir, elle préféra se mordre brutalement la langue, la main devant la bouche. Devant elle, aucune forme de sbire ou de quoi que ce soit, elle se souvint d’un désert de brouillard, dans une légende, la plaine de la désolation, ce genre d’endroit qui n’a ni début, ni fin, comme une page blanche entre les doigts d’un dessinateur, ni commencée et sans fin. L’imagination trottait comme un cheval qui aurait pu s’emballer pour un rien, et côté dressage, La femme chat était certes souple, mais pas du tout douée.

Ne voulant pas subir la ruée de Chizu, elle resta alors dans un silence de marbre, dont on fait les plus belles fontaines, marchant strictement dans ses pas, sans faire de faux bonds à sa promesse, elle se demandait encore si tout était réel ou simplement dû à sa blessure. Les sbires, se faire avoir de la sorte, cela ne leur ressemblait pas, et bien que le plan était élaboré, certes, en cinq minutes et sur le tas, mais assez complexe pour sa réalisation comptant énormément sur la chance, et le culot, c’était trop irréaliste. Autant demander à gagner deux fois à la suite au loto avec les même chiffres. Impossible. Elle regardait toujours par-dessus son épaule, redoutant d’avoir un indice sur une autre erreur qu’elle avait fait, pour ne pas transporter Chizu dans une morgue : Laisser des êtres vivants derrière elle.
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Chizu Jisatsu



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Date d'inscription: 09/11/2011

MessageSujet: Re: Un bon coup de fouet ... ⎨Hymarios⎬   Dim 4 Mar - 11:51

« Lorsque nous sommes vivants, la mort n'est pas. Lorsque la mort est là, nous ne sommes plus. Dès lors, dans la mort que crains-tu exactement ? »
Epicure.


A cette question Chizu n’avait pas de réelle réponse … Elle savait juste qu’elle ne voulait pas mourir, ne pas connaître cet état où ne nous sommes plus. Elle voulait vivre. Et de ce fait avait peur d’échouer, de décevoir cette volonté si chère à son cœur. Vivre … Et dans pareil environnement, survivre. Elle y aspirait de toutes ses forces. Bien que celles-ci la quittent doucement, infiltrées par la fatigue et la douleur, glissant sur sa peau comme les gouttes de sueur sur le sang séché et la crasse. Mais elle s’accrochait. A cette autre forte qui comme elle ne voulait pas céder devant la Mort. Hymarios.

Hymarios qui la tenait au dessus du vide, des soldats, de leur perte à toutes deux. Et qui la souleva d’un coup, sans prévenir, oubliant toute précaution, tirant la Civile à elle, ne s’arrêtant pas lorsque le fond du pantalon de Chizu se déchira sur l’écorce. En bas, les Sbires remuaient, la jeune fille aux cheveux d’or pouvait entendre le bruit de leurs bas et le murmure de leurs messe-basses … Bon Dieu, mais allaient-elles longtemps continuer à s’enfoncer dans cette poisse sans nom ? La Rebelle l’avait tiré sans aucune discrétion, ceci dit laisser la Civile pendue à son bras n’était pas non plus une solution. Elles en étaient au stade où les issues n’étaient jamais bonnes dans l’absolu. Donc que le risque était partout. La boule de peur grandit dans le ventre de la jeune fille. Alors qu’Hymarios lui lâchait le col, la demoiselle allait s’agripper à une branche, les dents serrées. Elle n’était plus qu’une gamine terrorisée qui voyait la mort poindre le bout de son nez. Sauf qu’elle n’était pas une petite enfant qui allait se réfugier sous le lit après un terrible cauchemar. Ce cauchemar, elle le vivait, et les monstres étaient bel et bien là, en chair et armés. Elle était si fatiguée, ses blessures étaient si douloureuses … Que maintenant que la peur avait envahit son être, elle était juste tétanisée. Son cerveau tournait au ralenti et le sang battait à ses tempes. Ses yeux étaient grands ouverts et secs. Ils suivirent le mouvement que décrivit le corps de la Rebelle, ils la regardèrent serrer dans sa main une lame déjà salie de sang. Mais Chizu ne faisait plus le lien entre les images que lui envoyait son nerf optique et ce que ces informations impliquaient. C’est sans comprendre qu’elle regarda Hymarios trancher la gorge à un Sbire venu rendre visite aux deux proies. La Rebelle avait un petit sourire aux lèvres et ses pupilles de chat brillaient dans le brouillard d’une lueur inquiétante. Mais la Civile n’eut aucune réaction. Elle était pour ainsi dire déconnectée. Elle ferma les yeux, fatiguée, pendant que la Rebelle s’activait. Le peu de forces qu’il lui restait, elle les mobilisait pour s’accrocher à sa branche. Il fallait vivre, vivre … Vivre. S’accrocher. Ne pas lâcher. Tenir. Ne pas répéter son erreur. Ne pas sombrer. Ne pas se laisser aller de nouveau dans les rêves et les délires. Ne pas tomber. Il fallait résister.

Elle n’écoutait même plus le bruit des chaires tranchées ou du sang qui coulait, ni le froissement des vêtements et le souffle court d’Hymarios. Elle n’entendit pas l’interpellation du Sbire resté à terre. Par contre, le coup feu qui détonna la fit sursauter. Elle vit l’impact de la balle, devant son avant bras qui entourait la branche. Elle trembla. Lorsqu’une main la saisit au col. Les mains froides de la Rebelle se posèrent sur ses joues et son regard d’eau croisant celui de l’or. Chizu la regarda sans comprendre. Et puis Hymarios posa sur sa tête une casquette. Celle d’un Sbire.

{ Que … }

Et Hymarios la balança par terre. Elle glissa le long de l’écorce et s’étala proprement par terre, aux pieds du Sbire. Deux secondes plus tard la Rebelle atterrissait à ses côtés, bien campée sur ses jambes, chose étonnante, compte tenu de ses nombreuses blessures. Chizu n’ouvrit pas la bouche, restant vautrée dans la poussière, ne comprenant plus rien mais trop fatiguée pour tenter quoique ce soit. Et surtout morte de peur, si proche de la fin et de celui qui pouvait mettre un terme à sa vie. Elle entendit à peine le court échange qu’eurent Hymarios et le Sbire.

{Et la deuxième ? Elle était où ? }
{Envolée. Elle l’a lâchée. }

Chizu papillonna deux trois fois des paupières, son cerveau commençant lentement à faire le lien entre les divers évènements. L’air surpris du Sbire, la tenue de la Rebelle, car maintenant qu’elle y regardait de plus près, il n’y avait pas que le couvre-chef qu’Hymarios avait emprunté. Elle comprit vaguement l’idée de sa compagne de misère. Elle poussa un soupir fatigué et serra sa jambe blessée contre sa poitrine. Elle ne pouvait même pas juger de la folie de pareil stratagème ou non, elle n’avait plus la force de se livrer à tel exercice intellectuel. Elle avait Mal. Elle était Crevée. Elle n’en pouvait plus. Mais la peur fondit un peu en elle. L’espoir revenait doucement. Mais rien n’était gagné.

Soudain on la souleva et elle dut se remettre debout et avancer. La douleur qui électrisa sa jambe lui arracha un gémissement plaintif, mais elle resta debout, la tête basse et les épaules tombantes, mais debout. Elle se traîna tant bien que mal, obéissant à la main ferme qui la poussait dans son dos. Elle n’avait pas le choix, c’était ça ou la Mort. Et elle avait trop peur de mourir pour se dérober et laisser la fatigue l’achever. Dans son dos elle entendit de vagues murmures … Hymarios qui l’encourageait à tenir bon. Elle n’y prêta pas attention. Elle était au bout du rouleau, son système auditif décida de se mettre en veille. Elle devait marcher pour vivre. Le reste, elle s’en foutait. Elle avait atteint ce stade ou seul la souffrance qui parcourait ses chaires meurtries et la peur qui lui tordait le ventre pouvaient l’atteindre. Elle ne fit même pas attention au nouvel échange verbal entre Hymarios et le Sbire.

{ Chef, j’ai vu quelque chose bouger là-bas. Demande autorisation d’aller vérifier.}
{ Ouais, et puis, on a déjà perdu deux hommes, tu tiens à mourir prématurément ? Bien, vas-y, mais n’espère aucune médaille pour cet acte. Ce n’est que… }
{ Demande autorisation d’utiliser la civile pour faire bouclier. }
{ Hey, mais c’est qu’on commence à devenir intelligent par ici… Tu veux pas piquer ma place toi ? }

Chizu n’était plus qu’une loque sur pattes. Mais elle était encore sensible à la douleur et lâcha un petit cri lorsque la pointe du pied de la Rebelle lui rentra dans le mollet. Elle comprit vaguement que ce coup venait bel et bien d’Hymarios, et fut parcourue d’un sentiment d’incompréhension. Mais elle balaya le tout, serrant les dents. Il fallait tenir. On la tira de nouveau et elle se laissa faire, de même qu’elle se laissa s’écrouler par terre et ne réagit même pas au contact de la lame froide contre sa gorge. Hymarios lui fit un petit sourire … Et un instant, l’image de la Rebelle égorgeant le Sbire dans un sourire sadique s’imprima sur la rétine de la Civile et la peur lui tordit de nouveau les boyaux. La Rebelle avait furieusement envie de vivre elle aussi, ça Chizu le savait parfaitement, tout comme elle savait que cette femme tuait de sang froid. Jusqu’où peut aller l’être humain pour sauver sa peau ? La réponse : jusqu’au bout. Et ça pouvait vouloir dire se débarrasser de la petite Chizu, ce poids mort qu’elle se trainait, qui avait pu lui servir de faire-valoir la minute d’avant, mais qui lors de la fuite n’était rien d’autre qu’un boulet, quitte à transgresser un principe propre aux Rebelles. Elle rentrerait dans la catégorie Dommage collatéral, et Hymarios aurait la vie sauve. Mais ce n’était pas logique, pas après tout ça … Quoique … il arrive que l’on passe parfois la frontière, le point non retour, la ligne qui ne laissait plus le choix … Les pupilles bleues de la Civile fixèrent la demoiselle aux yeux de chats, angoissées. Avant que les oreilles de Chizu ne vinrent la rassurer.

{ Quand je te le dirais. On file vers une planque dans le brouillard. J’ai pas envie qu’on crève ici. }

La Rebelle releva la tête et remplaça la lame contre la gorge de Chizu par son bras. Sa peau était froide, mais la Civile pouvait sentir contre son cou les veines battre sous la peau d’Hymarios. Elle aussi, elle avait peur. La demoiselle aux cheveux blonds pouvait mesurer l’affolement de sa « compagne » à son pouls. Pouls qui s’emballa de concert avec celui de la Civile lorsque le Sbire l’interpella de nouveau.

{ Hey ! Tu sais quelle est notre devise, chez les sbires ? }
{ Semper fidelis … ? }

Chizu déglutit lentement … Un mot pour chacune de leur tête. Un de faux, et c’était la mort. L’espoir s’envola et la détresse lui plomba l’estomac. Un autre bruit se fit entendre, et la Civile cru distinguer un corps tombant d’un arbre dans le brouillard. Son esprit fit un rapide aller retour entre la tenue d’Hymarios, la manière dont elle se l’était procurée, et ce vers quoi accouraient à présent les Sbires. Elle commença à trembler … C’était mauvais …

Ou pas. Le sbire se détourna des deux jeunes filles, allant vérifier quelle était cette nouvelle bizarrerie.

{ Et maintenant on ne traine pas, on va à la planque. Tu auras tout le temps de m’engueuler après. }

Chizu haussa vaguement les épaules alors qu’Hymarios jetait sa casquette et quittait son accoutrement, qui désormais lui était plus qu’inutile. Elle ne se sentait même pas la force de parler, alors passer un savon, n’y pensons pas. D’autant plus qu’en l’occurrence, elle devait beaucoup à la Rebelle. Elle ne s’arrêta même pas sur le fait qu’Hymarios devait avoir exploser le record de dessapage mondiale, Terre & Other World réunis. Les deux filles se tirèrent de là. Chizu traîna sa jambe tant bien que mal, Hymarios trottant à ses côtés, le regard alerte et prête à agir. La Civile avait dépassé ce stade, elle était dans une bulle. Elle se contentait de traîner sa carcasse ailleurs, loin du danger, loin des voies surprises et des cris de rage de ceux qui reconnaissaient le cadavre. Partir. Retrouver sa bicoque de bois pourris, s’affaler dans son hamac, dormir. Et tout oublier. Une voix la sortit de sa rêverie.

{ Je sais qu’il est trop tard, mais je voudrais m’excuser. }

Chizu s’arrêta, stoppant net, et plongeant ses yeux bleus dans ceux d’Hymarios. Les pupilles d’eau claire reflétèrent l’espace d’une seconde une réelle surprise. Puis la Civile retrouva vite l’expression blasée qu’elle arborait le plus souvent. Elle secoua doucement la tête en fixant la Rebelle, et, curieusement, eut un petit sourire. Il était dur de dire si cette grimace illustrait la moquerie ou le foutage de gueule, ou peut être un sentiment positif tel que l’amusement sans méchanceté ou la simple joie. En réalité, Chizu elle-même ne savait que penser de ce bout de femme compliquée qui lui faisait face. Lorsqu’elle la regardait, elle voyait plusieurs images se superposer. Elle voyait la demoiselle aux yeux de chat si attachée à la vie. Elle voyait une débile obstinée, tête de mule et casseuse de noisettes niveau expert, une rebelle stupide. Elle voyait une tueuse sans pitié, sadique, cruelle. Mais là, à cet instant précis, elle voyait surtout une femme qui n’avait pas la tête très claire. Pour vous, cette expression désignera sans nulle doute une folle. Pas pour Chizu. Je pourrais vous expliquer. Mais sincèrement, j’ai la flemme. Et j’ai envie de passer à la suite.

Vu que notre jeune fille à la chevelure claire reprenait sans marche sans mot dire, la Rebelle se sentit obligée de meubler :

{Pour le moment on est sorties d’affaire, mais il faut se cacher dans un endroit bien plus protégé. }

La Civile ne moufta pas, toisant toujours Hymarios par dessus son épaule de son petit air amusé, sourire au coin de la lèvre, regardant la Rebelle croiser les bras et tenter de réchauffer son corps et passer sa main sur sa bouche. Puis elle s’arrêta de nouveau, se campa sous le nez de la jeune femme et leva la main au dessus de sa tête, et l’abaissa pour lui tapoter gentiment le front. Et elle repartit. Car même si elle traînait péniblement sa jambe et souffrait le martyre à chaque pas, c’était encore elle la Princesse des Marécages, guide du Royaume du Brouillard. Donc à elle d’ouvrir la marche. C'était son boulot à présent. Hymarios avait fait sa part, c'était à son tour maintenant, et elle le ferait. C'est pour cela qu'elle s'était contenter d'une petite tape amicale sur la tête de la Rebelle. Elle ne se sentait pas la force d'en faire plus. Trop fatiguée.

Le reste du chemin se fit presque sans encombre, si l'on exclue les nombreuses chutes de Chizu dans les ravins et toutes les fois où elle avait trébuché dans les racines tortueuses des arbres. Mais enfin, elles arrivèrent. Chizu ne les avait pas conduit chez elle au final. Sa "demeure" était trop loin, trop profondément cachée dans le labyrinthe fantomatique des Marais. Aussi avait-elle bifurqué vers une cabane suspendue dans les arbres où elle se réfugiait parfois. Autrefois des gens avaient vécu là, un village même, mais seules ces planches de bois avaient résisté aux pillages et au massacres. Il n'y avait rien d'autres que cette cabane vide. Mais du fait que c'était tout ce qu'il restait, personne n'y venait. Chizu avait réussi. Elle aussi avait fait sa part du boulot. A l'aide d'Hymarios, elle grimpa dans la cabane branlante. Une fois là haut elle s'écroula par terre.

{Je suis morte ... Ou pas, j'ai si mal, ça doit vouloir dire que je suis vivante ... A moins que je sois à l'exacte frontière entre ces deux états, je ne sais pas ... Tout est flou. }

E
lle tourna le regard vers Hymarios. Elles étaient dans un sale état toutes les deux. Amochées de partout ... Tu parles d'une aventure ... Mais maintenant c'était fini. La peur était partie, elles avaient survécu. Elles allaient vivre encore un peu. La Civile fixa un instant la Rebelle. Puis lui fit signe d'approcher. Une fois que la jeune femme fut accroupie à ses côtés, Chizu se lança.

{ Je voudrais être sûre que tu t'excuses pour la bonne raison ... Parce que t'es une chieuse qui m'a foutu dans la merde jusqu'au cou et qui a un don certain pour me foutre en rogne, pour ça oui, t'es pardonnée. A la condition que tu acceptes mes remerciements, vu que je te dois un peu la vie sur ce coup là. }

E
lle se tut, attendant une réaction, une grande tirade façon Hymarios ...


Hors Rp - GOMEN:
 


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Un bon coup de fouet ... ⎨Hymarios⎬

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