« Ce n’est qu’en étant éprouvé que l’Homme et la Femme se comprennent, ou se détestent. La vie est une force dormante qui attend un petit coup pour se mettre en mouvement. Une fois lancée, cependant la machine ne peut être stoppée. Toute chose a son inverse, son opposé, L’amour et la Haine, la liberté et l’emprisonnement, la bonté, et la cruauté. Mais il y a des choses qui n’ont pas d’avenir, parce qu’officiellement, elles n’existent pas. Qui n’existe pas, ne peut mourir. Mais en dehors de ce fait, ce qui n’existe pas, ne peut vivre non plus. Qui souffre vit ? Possiblement, oui, cela arrive. Mais parfois, c’est à la limite de l’incompréhensible, non, admettez-le, il y a toujours une part de mystère. C’est ce qui fait la beauté du monde, autant que sa malveillance. La crainte des lendemains poussent l’être humain à se hasarder dans le manteau neigeux des ténèbres, et personne, je dis bien personne, n’est fait pour en sortir indemne.. Ou alors il n’est déjà plus humain depuis longtemps. Qui nous prouve que nous le sommes ? Nous respirons, nous mangeons, nous dormons, mais sommes-nous pour autant humain ?L’humanité, tout comme l’existence sont des mots intemporels. Mais entre les animaux et nous, celui qui a décroché la palme de la bêtise, c’est bel et bien nous. Nous n’avons d’humain que le nom, car nous prenons plaisir à torturer, a faire souffrir, à tuer ceux qui nous ressemblent. Sans doute par crainte du reflet qu’il nous renvoie. En tuant son voisin, l’on se tue un peu chaque jour, et c’est là, la seule façon qu’ont trouvé certain pour avoir la certitude de vivre. » Roan Hermes « Mémoires des damnés » Page XX
Ses pieds raclèrent le sol, portée par deux hommes, portant chacun un bras, les couloirs se ressemblent tous, les gardes ont plus l’air de bourreaux que de simples surveillants. Soulevée et emmenée, vérifiée, fouillée, une arme tombant alors qu’elle était censée ne plus en avoir du tout, une petite lame, tombant de son poignet, bien aiguisée, la lame d’assassin, gravée par des lettrages spécifiques d’OtherWorld, l’un des homme s’en saisi, s’y pique malheureusement pour lui. Se tenant la gorge après quelques minutes, son aspect était plus proche du cadavre que de l’humain bien portant. La grille s’ouvrit, et ils jetèrent la jeune femme, l’envoyant rouler contre le mur comme une poupée de chiffon, ce fut rude, le dos craqua brutalement. Un petit filet de sang coula encore de ses lèvres. Elle avait le visage couvert de coups, certes, ils avaient reçu l’ordre de la garder vivante, mais pas sans torture.
La séance fut jouissive pour les Sbire qui s’en donnaient à cœur joie, les coups, les crachats, les insultes, mais ils n’arrivèrent pas à faire chuter la féline, sans doute désabusée de sa propre existence. De tout temps l’on envoyait des renégats dans cette prison, et nul n’avait eu la prétention d’avoir pu s’en sortir. Non, ce lieu était le dernier arrêt pour le train des Enfers, dont le pilote était ce bon vieux Jim. Dans ses limbes, un flot de souvenirs, venant partant, un flot d’image, un torrent de bruit, une cascade de sentiments. Ouvrant un œil, l’autre semblant clos de force, par une blessure à l’arcade, Hymarios vit l’endroit où elle se trouvait. Cela n’avait rien d’un palace, oh non, même l’église souillée d’Angel était plus propre. Angel, la dernière fois qu’ils s’étaient vu, là aussi c’était sanglant, elle en garda un souvenir impérissable. Elle s’attendait à le voir cette fois-là, mais sa crainte ne fut pas transformée.
La peur, normalement, on devrait l’avoir en ces cas-là, mais ayant fait une croix sur son bonheur, Hymarios semblait aussi en avoir fait une sur sa terreur. Ne restait que l’ironie, le cynisme, comme phase de défense, une sorte de bouclier, qui n’avait jamais autant reçu de coup en si peu de temps. Faisant la mise au point, elle se releva doucement, perdant l’équilibre, et s’emmêlant les pinceaux avec ses pieds, encore trop faible pour avancer, elle partit en avant, sous les rires des autres prisonniers de guerre. Qu’ils rient, s’ils le veulent, ils en avaient bien le droit. La Grande Hymarios, la plus froide des catins, allez trouver encore le nombre impressionnant de mauvais surnom que l’on peut lui donner, elle les collectionnait comme on prend note des réquisitoires. Cela ne la touchait pas. Le mot catin était habituel pour elle, à force elle pensait même le devenir, juste pour leur fermer la gueule, mais ce n’était qu’une idée prise sous la rage.
Car oui, si la gentillesse est feinte, la haine, la rage et l’envie de meurtre, comparé, sont d’une vérité criante. Subir tous ces coups n’est rien. Son passé regorge sans doute de moments plus durs, mais en tant que Soldat, elle a déjà eu bien pire. Les images de sa vie qui se concluent comme cela. En quoi cela collait-il avec son caractère, en rien. Personne ne se méfiait d’elle à juste titre, ce n’était qu’une simple rebelle. Les coups, la mâchoire qui craque, l’épaule qui se démet, le ventre qui la fusille, les côtes se fêlent, et le reste, une loque, mais son regard restait pourtant identique se payant même le luxe de sourire. Hymarios pouvait bien être une rebelle aux yeux de beaucoup, elle était le diable personnifié. Le temps passait dehors, les rebelles feraient-ils une fête à sa capture, peut-être. Elle n’avait pas d’amis à proprement parler dans ce brouhaha d’âmes visqueuses, aussi sombres que la sienne. Les civils étaient pris en sandwich. Non, finalement Hymarios se considérait plus comme Soldat que comme rebelle. Les Sbires pouvaient en témoigner.
Une précision diabolique pour les tuer, une agilité d’Assassin. Le meilleur parti aurait été de faire une unité ayant les mêmes capacités qu’elle, une sorte de classe d’élite dans les rebelles. Elle les aurait bien mené à la victoire, elle en avait la possibilité, son caractère de meneuse ne correspond pas aux bas travaux des rebelles. Mais elle joue le jeu, oui, le jeu, tout ceci n’est que cela. Mais loin de vouloir être un pion, elle se préfère « Fou », Avançant en diagonale, où l’on ne peut réellement savoir, non, pire, en cavalier, prenant par surprise les inconscients. Souriant à nouveau à cette pensée, elle se recula sur le sol crasseux, pour atteindre le mur du fond, où des chaines étaient là, avec un énorme rond de métal, pour les accrocher, telle une poulie. Elle esquissa à nouveau un sourire, masochiste, peut-être, à force. Elle s’y fit à l’idée ironique, de ces chaines, puis éclata d’un rire cruel, résonnant dans toute la prison, un rire clair, qui était bien audible. Prise au piège, la seconde partie du jeu pouvait commencer. Les cheveux devant les yeux, haletante de ce hurlement primaire, elle ravala sa salive, ses muscles se raidirent, alors que des pas approchèrent.